La radio nocturne comme miroir de la jeunesse

L'épopée de la radio

N° 393 - Publié le 28 octobre 2021
CENTRE POMPIDOU METZ / JACQUELINE TRICHARD

Magazine

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Les émissions de nuit n’ont rien à voir avec les programmes de jour. L’historienne Marine Beccarelli nous fait découvrir cet univers parallèle.

La nuit tous les chats sont gris, mais la radio est claire ! « Les ondes se propagent mieux grâce à l’obscurité et à la réduction des interférences. Dès les débuts de la radio, les radioamateurs s’installent dans les collines avec leur matériel artisanal pour capter des émissions de radio étrangères. » Pour l'historienne Marine Beccarelli, la radio de nuit est définitivement un monde à part. Dans Micros de nuit, histoire de la radio nocturne en France 1945-2012, paru aux Presses universitaires de Rennes et préfacé par Pascal Ory, historien membre de l’Académie française originaire de Fougères, elle raconte l’enquête menée pour sa thèse1. Une fenêtre ouverte sur l’intimité des auditeurs et les enjeux de société de leur époque…

Le phénomène Pop Club

« La radio est un média de l’éphémère. Jusqu’en 19922, les programmes en direct n’étaient pas censés laisser de traces. Alors pour certaines émissions, quand on n’a aucune archive, il faut essayer de reconstituer les événements par d’autres moyens. » La chercheuse a notamment dépouillé le courrier des auditeurs, dont les réactions et commentaires permettent de connaître les sujets abordés. « En 1978 par exemple, un étudiant en première année de médecine écrit à l'animateur du Pop Club, une émission musicale sur France Inter. Il le félicite de la manière dont il a parlé d’homosexualité à l’antenne, sans artificialité et sans la présenter comme un problème. »

Entre 1965 et 2005, l’horaire tardif de ce programme quotidien permet d’échapper à la pression de l’audimat. Les artistes sont reçus dans l’ambiance décontractée du bar de la maison de l’ORTF3, où leur liberté de parole est sans commune mesure avec les programmes de la journée. « Ils boivent de l’alcool en écoutant du rock britannique ou de la musique psychédélique. Le Pop Club met en avant la contre-culture. C’est assez révolutionnaire pour une radio institutionnelle ! »

Confidences nocturnes

Les émissions de dialogues avec les auditeurs deviennent emblématiques vers la fin des années 1970. Dans Allô Macha sur France Inter, des anonymes racontent leurs vies en direct. Petit à petit, une véritable communauté de “sans sommeil” se constitue autour de l’animatrice Macha Béranger. « La nuit a une influence sur notre état d’esprit. C’est un moment où l’on s’autorise à aborder des thématiques plus intimes, plus transgressives. Le lien entre les auditeurs et les animateurs est particulièrement fort. »

À partir des années 1990, les “libres antennes” de Skyrock et Fun Radio offrent un espace de discussion sans tabous aux adolescents... et scandalisent le CSA4 ! « Elles sont représentatives des préoccupations de cette génération qui les écoute souvent en cachette. Quand on prend en compte le contexte culturel et social, la radio nocturne nous éclaire sur l’histoire de la jeunesse, de la solitude et de la sexualité. »

ALEXANDRA D’IMPERIO

1. Soutenue en 2016.
2. Début de l’obligation de dépôt légal des archives auprès de l’Ina.
3. Office de radiodiffusion-télévision française, aujourd’hui Maison de la radio et de la musique à Paris.
4. Conseil supérieur de l'audiovisuel.

Marine Beccarelli
marine.beccarelli@live.fr

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