Bientôt un nouveau vaccin contre le cancer ?
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Un vaccin anti-tumoral est en cours de conception par une équipe de scientifiques nantais, à l’aide d’un tout nouveau procédé. Les premiers tests sur des animaux sont prometteurs.
Au sein du corps humain, il arrive que des cellules mutent puis se multiplient de manière incontrôlée. On parle de cellules cancéreuses. En temps normal, celles-ci sont éliminées avant leur trop grande prolifération par des éléments du système immunitaire : les lymphocytes T-CD8 et T-CD4. Les T-CD8 libèrent des molécules qui perforent les cellules cancéreuses et les détruisent de l’intérieur, tandis que les T-CD4 sécrètent des particules déclenchant la mobilisation en masse de T-CD8 dans l’organisme. Mais, parfois, le système immunitaire s’épuise et ne parvient pas à contrer cette multiplication problématique. La lutte cesse, et les cellules cancéreuses forment alors une tumeur.
À Nantes, depuis 2021, des scientifiques travaillent à l’élaboration d’un vaccin curatif, qui permettrait de remobiliser en masse les T-CD8 et les T-CD4 grâce à un procédé innovant. À ce jour, le vaccin est conçu pour lutter contre le mélanome, une tumeur impliquée dans le cancer de la peau. Mais si le procédé fonctionne, il pourra être envisagé pour soigner d’autres cancers. En effet, « chaque lymphocyte, qu’il soit T-CD8 ou T-CD4, est spécifique à une cible, explique Amélie Guiho, doctorante en immunothérapie au laboratoire Incit1 à Nantes. Par exemple, les lymphocytes reconnaissant le mélanome ne libéreront leurs molécules qu’en rencontrant ce type de tumeur ». La vaccination anti-tumorale consiste ainsi à injecter au patient les cibles que porte sa tumeur. Une fois dans le corps humain, celles-ci sont digérées par des cellules dendritiques2, qui les présentent ensuite aux lymphocytes. Cette étape déclenche le départ des T-CD8 et des T-CD4 spécifiques vers la tumeur.
Activation moindre
Cependant, seuls les T-CD4 sont mobilisés en masse par les vaccins actuels. La cible des T-CD8 n’étant effectivement pas suffisamment grande pour être digérée par les cellules dendritiques, elle est artificiellement étirée avant d’être injectée. Ce faisant, la cible devient identifiable par plusieurs T-CD8, pour certains non-spécifiques du cancer concerné. En conséquence, l’activation des lymphocytes s’attaquant uniquement à la tumeur est moindre.
Un procédé innovant
C’est là que se situe le caractère innovant du vaccin en cours d’élaboration. La cible des T-CD8 est liée à celle des T-CD4 dans la molécule injectée. « Le tout mesure alors la bonne taille pour être digéré par les cellules dendritiques, et ne contient que les cibles caractéristiques de la tumeur identifiée », explique la doctorante. Le réveil immunitaire est ainsi spécifique au cancer, et de grande ampleur. Le produit est actuellement testé sur des souris, chez qui des régressions totales de mélanome ont été observées. Selon Amélie Guiho, « ces résultats sont très prometteurs et pourraient conduire à des essais cliniques d’ici cinq ans ».
1. Immunologie et nouveaux concepts en immunothérapie.
2. Cellules du système immunitaire « présentatrices » de cibles.
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