Quelles solutions ?
Océan et climat : des destins liés
L’océan nous protège en limitant les effets du dérèglement climatique mais il en subit aussi les conséquences. Pour stopper cet engrenage, peut-être faut-il plus largement repenser notre rapport au vivant.
L’eau monte, s’acidifie, se réchauffe… Face au dérèglement climatique, le fonctionnement des océans est perturbé. Signé en 2015, l’accord de Paris fixe l’objectif de rester sous 2 °C d’augmentation moyenne de la température de l'atmosphère d’ici 2100 par rapport à l’ère préindustrielle, et de poursuivre les efforts pour ne pas dépasser les 1,5 °C.
Diminuer les émissions
Dix ans plus tard, ce dernier point est jugé inatteignable par les scientifiques. La solution pour protéger les services rendus par l’océan est pourtant connue : réduire les émissions de gaz à effets de serre, responsables du dérèglement climatique. « Tout le reste, ce sont des pansements sur des jambes de bois », assure Fabrice Pernet, chargé de recherche à l’Ifremer, à Plouzané. En clair, il faut diminuer ces émissions et améliorer la capacité de stockage des puits de carbone naturels, comme les forêts et les océans. Ces mesures d’atténuation du changement climatique sont complétées par un deuxième volet, l’adaptation. « Moins on est ambitieux dans l’atténuation, plus les mesures d’adaptation devront être conséquentes, ce sont des vases communicants », complète Béatrice Quenault, chercheuse en économie au laboratoire Eso1, à Rennes, et membre du HCBC2.
Problème ? Nous ne sommes pas à la hauteur. Dans un avis publié en mars 2023, le Haut conseil pour le climat déclarait que « la France n’est pas encore prête à faire face aux impacts du changement climatique ». Et ceci malgré la mise en place d’une trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique et la publication d’un troisième Plan d'adaptation au changement climatique. Deux documents qui fondent les stratégies d’adaptation sur un scénario de réchauffement revu à la hausse : +3 °C de réchauffement moyen sur la planète, soit 4 °C en France métropolitaine. « Nous sommes sur du colmatage de situations d’urgence sans stratégies ambitieuses d’anticipation des risques parce que les décideurs donnent la priorité aux mesures de court terme et ne se donnent pas les moyens de mettre en œuvre une véritable transformation des systèmes socio-économiques », analyse Béatrice Quenault.
Amnésie collective
Aux États-Unis, Donald Trump a multiplié les offensives contre la Noaa3 (responsable de l'étude de l'océan et de l'atmosphère) à travers une vague de licenciements, des coupes budgétaires et l’interdiction pour les chercheurs d’échanger avec leurs homologues étrangers. « Attaquer la science revient à faire entrer l’humanité dans une sorte d’amnésie collective », dénonce Fabrice Pernet, pour qui la seule véritable piste réside dans un changement du rapport à l’environnement : « On dit qu’il faut protéger l’océan mais c’est l’espèce humaine qu’il faut protéger, nous ne pouvons plus agir comme si nous étions extérieurs au monde dans lequel nous vivons ».
1. Espaces et sociétés.
2. Haut conseil breton pour le climat.
3. National oceanic and atmospheric administration.
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du magazine Sciences Ouest