PFAS : « une pollution généralisée »

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N° 430 - Publié le 5 juin 2025
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Poêles, textiles, emballages… Les PFAS ont envahi notre quotidien. Ces molécules très persistantes sont à l’origine d’une pollution chimique massive.

Ils imperméabilisent nos vestes sportives ou recouvrent les emballages des frites. Les perfluoroalkylés et polyfluoroalkylés, ou PFAS, ont été inventés dans les années 1930. « Ils contiennent une liaison entre le carbone et le fluor, la plus forte en chimie organique. Elle leur donne une stabilité très importante et des propriétés remarquables. Ils sont anti-gras, antigel, thermorésistants, anti- adhésifs », liste Khalil Hanna, professeur à l’ENSCR1. Mais cette stabilité rend les molécules très persistantes, d’où leur surnom de polluants éternels. « La nature ne sait pas les dégrader, poursuit-il. Nous sommes face à une pollution généralisée, diffuse et incontrôlable. »
Et leurs effets sur la santé sont nombreux : maladies thyroïdiennes, cancers hépatiques, testiculaires ou des voies digestives, hypercholestérolémie, retard de croissance à la naissance... Face à ces risques, la réglementation évolue lentement. En janvier 2026 entrera en vigueur une directive européenne rendant obligatoire, pour la première fois, la recherche de vingt PFAS dans l’eau potable. 

Sept millions de PFAS


« Ce n’est pas suffisant pour décrire l’intégralité des contaminations », prévient Yann Aminot, chercheur en chimie environnementale à l’Ifremer, à Nantes. Selon les définitions, les PFAS représentent 4 700 à sept millions de composés différents. Ce qui rend les études toxicologiques immensément complexes. « Mais leur persistance suffit à les rendre inquiétants : ils s’accumulent, et à un moment les seuils de toxicité sont atteints », explique-t-il. À Rennes, le Léres2 analyse les PFAS présents dans l’eau, ainsi que dans le sérum3 humain, en lien avec la plateforme Breizh Exposome qui étudie l’exposition chimique et les effets sur la santé.

Les sources de PFAS sont loin d’être toutes clairement identifiées. « On peut penser que l’on est à l’abri en Bretagne, mais ce n’est pas le cas », observe Khalil Hanna. Des analyses des eaux de surface et souterraines l’ont montré. Des entreprises utilisent des matériaux en contenant, parfois sans le savoir. Et certains pesticides sont des PFAS. « C’est le cas d’un herbicide utilisé pour la culture de maïs, le flufénacet, qui se dégrade en TFA4, la plus petite molécule de PFAS, très mobile », ajoute Khalil Hanna, qui étudie « les interactions de ces polluants avec le sol et l’eau ».

Dans les cours d'eau


L’objectif est de développer des techniques de traitement. Aujourd’hui, la plupart des stations d’épuration ne sont pas équipées, et à terme ces molécules finissent dans les cours d’eau, puis l’océan. Avec le programme Veille POP, Yann Aminot étudie les moules et les huîtres, des organismes sentinelles : « Elles ne bougent pas, et ne biotransforment5 pas les PFAS, donc elles sont représentatives de la masse d’eau ».
Sur ces polluants, il reste beaucoup de questions sans réponse. Khalil Hanna prépare un projet de chaire, qui regrouperait des acteurs économiques et des chercheurs en toxicologie, géosciences et sciences sociales. « Seule une approche pluridisciplinaire permettra de mesurer tous les enjeux des PFAS. »

Élodie Papin

1. École nationale supérieure de chimie de Rennes.
2. Laboratoire d’étude et de recherche en environnement et santé.
3. Liquide sanguin débarrassé de ses cellules et des protéines de la coagulation.
4. Acide trifluoroacétique.
5. Elles ne transforment pas dans leur organisme un composé PFAS en un autre.

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