Les mangeurs d’insectes à l’honneur

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N° 393 - Publié le 28 octobre 2021
ALEX WILD / DREXEL UNIVERSITY

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Les entomophages sont des espèces qui s’attaquent aux insectes et qui constituent une alternative concrète aux pesticides. Un congrès leur est dédié ce mois-ci à Rennes.

La première édition était en 1970 ! Le lieu change à chaque fois, et cette année c’est au tour de l’Université de Rennes 1 de recevoir les 42e journées des entomophagistes. À ne pas confondre avec l’entomologie qui repose sur l’étude des insectes : l’entomophagie s’intéresse au contraire aux espèces qui se nourrissent de ces petites bêtes. Les prédateurs peuvent être des oiseaux, des araignées… mais surtout d’autres insectes. La plupart des recherches se concentrent sur la lutte biologique qui permet d’éliminer les ravageurs dans les champs ou les serres agricoles grâce aux espèces entomophages, au lieu des pesticides1. « Du 8 au 10 novembre, les scientifiques des universités françaises et belges viendront présenter leurs recherches », témoigne Joan Van Baaren, directrice du laboratoire Ecobio2 à Rennes et co-organisatrice de l’événement.

Les fleurs, refuges des prédateurs

Parmi les entomophages, le grand public connaît surtout les prédateurs comme les coccinelles qui dévorent les pucerons. Mais pour les spécialistes, les stars sont les parasitoïdes. Il en existe plusieurs dizaines de milliers d’espèces, dont la majorité ne mesurent pas plus de 5 mm, semblables à des mini-guêpes ou à des petites fourmis. « Ils pondent à l’intérieur d’autres insectes pour que leurs larves s’en nourrissent », explique l’écologue. Les recherches consistent principalement à aménager l’environnement pour offrir des conditions idéales aux entomophages locaux. L’équipe rennaise travaille notamment sur l’influence des bandes fleuries autour des champs. « Les fleurs favorisent la prolifération des parasitoïdes. Nourris au nectar, ils éliminent au moins dix fois plus d’insectes. » De plus, ces couloirs de fleurs gardent une hauteur d’un mètre même en hiver, ce qui permet de protéger prédateurs et parasitoïdes du froid.
Ce congrès offre aux doctorants la possibilité de présenter leurs recherches devant des chercheurs en poste. Deux prix étudiants seront d’ailleurs remis. « Membre de notre unité, Emma Jeavons présentera ses travaux sur le duel pour le nectar entre les parasitoïdes et les pollinisateurs3. Si les champs sont entourés de ruches, la compétition sera forte. Conséquence, les parasitoïdes ont moins accès au nectar et éliminent moins de ravageurs », explique Joan Van Baaren.

Analyse des écosystèmes

D’autres présentations permettront d’analyser des écosystèmes en profondeur : champs de colza, de bananiers, de maïs... Tous soulèvent des problématiques différentes. « Nous identifions de plus en plus d’interactions entre les espèces, ce qui complexifie les réseaux trophiques4. » Mais ces découvertes aideront sans nul doute à mieux cerner le comportement des parasitoïdes et prédateurs, afin d’en tirer profit pour les cultures des années à venir !

BENJAMIN ROBERT

1. Lire Sciences Ouest n°383, oct 2020.
2. À l’Osur (CNRS, Université de Rennes 1).
3. Tels que les abeilles et les bourdons.
4. L'ensemble des relations alimentaires entre espèces au sein d'un écosystème.

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