La Bretagne, terre de nuances électorales

Actualité

N° 393 - Publié le 28 octobre 2021
LAURENT GUIZARD
Le sociologue Jean-Luc Richard décrypte les comportements des électeurs dans la région.

Magazine

4513 résultat(s) trouvé(s)

L’épidémie a rebattu les cartes de la géographie électorale en Bretagne, déjà bousculée depuis 2002.

« En France, la dernière participation massive aux élections remonte au second tour de la présidentielle de 2002 », rappelle Jean-Luc Richard, chercheur en sociologie politique et démographie1 à l’Université de Rennes 1. Depuis, c’est une tendance à la baisse qui s’observe, accompagnée d’un affaiblissement des partis politiques traditionnels comme le Parti socialiste ou les Républicains.

« Cela est dû à la fois à la poussée de l’extrême droite, même si elle est faible dans l’Ouest, et à la percée de République en Marche. » Ce parti, né en 2016, est un “parti-plateforme” : il se caractérise par une personnalité unique à sa tête, une adhésion à distance sur internet… et un ancrage moins fort dans la société. « Le vote est plus volatile aujourd’hui, on vote moins en fonction de traditions familiales ancrées dans le territoire », précise Jean-Luc Richard. Un chamboulement par rapport au 20e siècle qui connaissait des marqueurs forts2. Pour cerner ces tendances et comprendre les évolutions de la société, le chercheur fait le choix d’une « sociologie basée sur des méthodes statistiques rigoureuses grâce aux données de l'Insee3, des enquêtes de terrain et des projections démographiques. »

Des préoccupations différentes

Cette volatilité est toutefois moins forte en Bretagne que dans d’autres régions, ce que le chercheur attribue notamment au fort sentiment d’identité et de culture régionale. La richesse du tissu associatif y participe aussi.
« C’est une région qui est moins perçue comme en crise. Les inégalités y sont plus faibles4 et les solidarités familiales y sont restées plus fortes. Tout cela participe à modérer l'influence de l'extrême droite. »
Les préoccupations des Bretons sont donc différentes de celles du reste des Français. Et la pandémie de Covid-19 n’y est pas pour rien… « Les prix de l’immobilier et l’accès à des emplois qualifiés sont une inquiétude qui a ressurgi au moment de la crise, notamment avec l’arrivée de nouveaux habitants. Il y a presque une colère identitaire d’une partie de la population bretonne ! »

Les dernières élections ont d’ailleurs beaucoup interrogé les chercheurs. « Lors de la soirée électorale des municipales de 2020, la surprise était générale, se remémore le chercheur, habitué à couvrir ces événements utiles à la sociologie politique. Les chiffres de la participation étaient dans la moyenne basse nationale, ce qui est très inhabituel en particulier en Ille-et-Vilaine. » Car historiquement, la Bretagne est un territoire où l’on vote beaucoup. Localement, cela peut s'expliquer par l’inquiétude des citoyens face au virus et par la présence de clusters.
« Mais cela peut aussi traduire un changement structurel et durable, en particulier dans les grandes villes et les couronnes périurbaines éloignées du centre-ville. » Quelles seront les tendances pour l’élection présidentielle de 2022 ? « Il y a de fortes chances que les votes pour les partis contestataires soient plus faibles que dans le reste du pays. La grande inconnue reste le taux de participation... »

SALOMÉ REMAUD

1. Au laboratoire Arènes.
2. Le centre-Bretagne et le littoral finistérien étaient des bastions communistes, tandis que du côté de Vitré et de Redon le vote se situe traditionnellement à droite.
3. Institut national de la statistique et des études économiques.
4. Le taux de pauvreté en 2018 était de 10,9 % contre 14,8 % à l’échelle nationale.

TOUTES LES ACTUALITÉS

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest