En thèse oui, harcelée non

Checheuses : leur combat pour l'égalité

N° 368 - Publié le 3 janvier 2019
Schvartz

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Les universités et les grandes écoles sont mobilisées contre le harcèlement. Notamment pour les doctorantes.

« Nous avons eu des cas de harcèlements et de viols à l’Université de Rennes 2. » Christine Rivalan Guego est vice-présidente du conseil d’administration de l’université, en charge des questions d’égalité. « C’est particulièrement vrai durant la période doctorale, qui va de deux à six années. C’est une tranche de vie où les doctorants s’investissent très fortement, corps et âme. » Un terrain propice aux dérapages, renforcé par l’admiration que peut ressentir un doctorant pour son directeur de thèse.

Franchir la limite

« Il suffit d’un rien pour franchir la limite d’une relation saine. Cette limite est floue pour les harcelés. Mais très claire pour un harceleur. » Dans ces cas-là, tout commence avec un café, puis une invitation à passer chez soi, prétextant le plus souvent que « c’est plus simple. » De la même manière, un directeur peut demander à son doctorant de rester tard au laboratoire. Et à 21h, ils se retrouvent seuls dans les locaux. Hasard ou volonté ? « Tout le monde a peur de se tromper. C’est pour cela qu’il est difficile de faire des signalements en amont des faits. »

Dans toutes les écoles doctorales, les comités de suivi se réunissent au moins une fois par an, en l’absence du directeur de thèse. Le doctorant et deux enseignants, dont l’un est extérieur, sont présents. Ces rendez-vous permettent de faire le point sur les conditions matérielles, scientifiques et financières de la thèse « et d’échanger sur les relations qui unissent le doctorant et son directeur. »

Un psychologue, un service juridique

Une cellule d’écoute, composée d’un psychologue et d’un service juridique, a également été créée. Elle concerne les étudiants de l’Université de Rennes 2, mais aussi de l’Université de Rennes 1, l’ENS(1), Sciences Po, l’ENS de chimie, l’Insa(2) et l’EHESP(3). Toute personne, étudiant ou enseignant, peut solliciter son aide. L’enseignement supérieur s’est emparé du sujet pour lutter contre les atteintes à l’intégrité physique et morale. Mais aussi parce que l’égalité passe par des conditions de travail sereines, pour les femmes et les hommes.

Pour éviter d’en arriver à des agressions, attouchements et viols, l’université rappelle aux doctorants et directeurs de thèse les limites à respecter. « Un rendez-vous professionnel se déroule dans un cadre professionnel », poursuit Christine Rivalan Guego, avant de rappeler que les cas d’agressions restent rares. « Un directeur de thèse, par sa position hiérarchique, ne peut pas avoir de relation personnelle avec un étudiant. Sinon, il entre dans le cadre d’un abus d’autorité. Ceci est valable pour tous les enseignants. Et donc les doctorants eux-mêmes, qui enseignent. »

Julie Lallouët-Geffroy

(1) École nationale supérieure de Rennes.
(2) Institut national des sciences appliquées de Rennes.
(3) École des hautes études en santé publique.

Cellule d’écoute pour les étudiants harcelementsexuel-simpps@univ-rennes.fr
Pour le personnel harcelementsexuel-smut@univ-rennes.fr
Ligne d’écoute nationale sur les violences faites aux femmes 3919
Christine Rivalan Guego, tél. 02 99 14 10 05, christine.guego-rivalan@uhb.fr

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