L'agroécologie transformera-t-elle l'agriculture ?

Quelle alimentation pour demain ?

N° 436 - Publié le 6 mars 2026
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Moins de pesticides, plus de biodiversité : l’agroécologie peine à s’imposer, malgré des atouts réels pour le climat et la santé humaine.

« La modernisation agricole s’est appuyée sur des intrants extérieurs, comme les carburants, les engrais et pesticides de synthèse, responsables d’impacts négatifs sur l’environnement et le climat, explique Véronique Lucas, sociologue à l’Inrae1, à Rennes. L’agroécologie, ce sont des formes d’agriculture où l’on réduit très fortement l’usage de ces intrants, et où l’on cherche plutôt à utiliser les fonctionnalités écologiques du milieu. »

Repenser les régimes alimentaires

Replanter des haies, diversifier les cultures, moins travailler les sols… Les pratiques agroécologiques sont bien connues, mais appliquées de manière très hétérogène dans les fermes. Ce qui rend difficile l'étude de l’agroécologie en tant que telle. « Nous travaillons sur l’agriculture biologique (AB), une forme particulière d’agroécologie, avec un cahier des charges bien précis », indique Chantal Le Mouël, économiste à l’Inrae, à Rennes. De nombreux travaux confirment que l’AB émet moins de gaz à effet de serre (GES) à l’hectare. Mais « les rendements sont inférieurs à ceux du conventionnel, de 20 à 25 % en moyenne, poursuit-elle. C’est pourquoi une transition vers l’AB doit s’accompagner d’un changement des régimes alimentaires : réduction des calories ingérées, de la viande et du gaspillage ». La moitié des surfaces agricoles de l'Union européenne pourrait alors être cultivée en bio sans perdre de marchés à l’exportation.

À l’échelle mondiale, les projections sont plus incertaines, car pour une partie des humains, les besoins en protéines ne sont pas encore couverts. Pourrait-on cultiver 100 % des surfaces en bio ? « Certaines études montrent que oui, répond l’économiste. Mais d’autres soulèvent un problème de disponibilité en azote, qui pourrait faire baisser plus fortement les rendements. Cela nécessiterait d’étendre les surfaces agricoles sur des puits de carbone comme les forêts et les zones humides. Et donc les émissions de GES augmenteraient. »

Désir de transition

En France, le désir de transition commence à venir des agriculteurs eux-mêmes. « Parfois pour des raisons écologiques, relève Véronique Lucas, mais dans mes entretiens, j’entends aussi de plus en plus leur préoccupation pour leur santé. » Ils s’organisent collectivement pour échanger, se former. Pour partager du matériel, de désherbage par exemple, ils s’appuient sur les Cuma2, des coopératives locales de paysans apparues en 1945 pour accompagner la modernisation agricole. « Il y en a 600, rien qu’en Bretagne, précise-t-elle. C’est un lieu fort de circulation des expériences, car elles regroupent des agriculteurs biologiques et conventionnels. »

Pour aller plus loin, une véritable transformation du secteur agroalimentaire est nécessaire. « Mais aujourd’hui, il est de moins en moins régulé par la puissance publique, et laissé aux acteurs du marché, observe-t-elle. Et le marché seul n’est pas un bon levier pour la transition agroécologique. »

ÉLODIE PAPIN

1. Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l’environnement.
2. Coopérative d'utilisation du matériel agricole.

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