Sur les traces de la loutre

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N° 424 - Publié le 28 novembre 2024
© VIOLETTE VAULOUP
On distingue même des écailles de poissons
sur cette épreinte.

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Mi-novembre, le Groupe mammalogique breton a organisé une sortie de prospection de la loutre pour affiner la cartographie de la répartition de ce discret mustélidé.

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Qui traversait le bourg de Brélès le matin du 16 novembre aurait aperçu un bien étrange spectacle. Une douzaine de personnes chaussées de cuissardes ou bottes en caoutchouc s’étaient réunies devant l’église de la commune du Finistère nord, sous le regard curieux des habitants les plus matinaux. Thermos de thé fumant et bonnets vissés sur la tête… Le froid n’a pas découragé ces curieux plus ou moins expérimentés de partir à la recherche de traces de loutre.

Empreintes et épreintes


« Nous sommes ici dans la dernière zone de l’ouest de la région où l’on manque de données pour affirmer que la loutre a recolonisé le territoire », commence Franck Simonnet, chargé de mission au GMB1, qui encadre la prospection. Longtemps chassé pour sa fourrure et considéré à tort comme un nuisible, le mustélidé avait complètement disparu de certains secteurs. Depuis les années 1980, il regagne du terrain à partir d’un noyau dans le Centre Bretagne. Des études génétiques confirment d'ailleurs que les loutres de la région forment une population distincte du reste de la France.

Borne olfactive


Mais avec en moyenne deux petits par an dont un seul atteint l’âge adulte, une maturité sexuelle à trois ans et une longévité de quatre à cinq années, « leur équilibre démographique est fragile », poursuit Franck Simonnet, qui ne tarde pas à distribuer des plans marqués de sites à prospecter. Le groupe se disperse alors. Il s’agit « de se mettre dans la peau d’une loutre et de lire l’environnement à sa hauteur, pour elle c’est un paysage très olfactif », explique le chargé de mission. Fort discret, l’animal ne se montre que rarement. Il faut donc chercher ses traces : des empreintes et surtout des épreintes, le nom donné à ses déjections.

Pour cela, Franck et deux prospecteurs amateurs se garent en bord de route, enjambent un talus et partent explorer les berges d’un ruisseau. Le groupe chemine à travers les orties et entre les ronces. Franck ouvre l’œil. Un arbre tombé en travers du cours d’eau attire son attention. Il s’enfonce dans le ruisseau, s’approche de l’arbre. Bingo. Au milieu du tronc mousseux trône un petit amas informe sur lequel on distingue des écailles, des arêtes et même une petite mâchoire de poisson. Mais le meilleur critère pour s’assurer qu’il s’agit bien d’une épreinte, c’est son odeur poissonneuse mêlée de musc !

Une borne olfactive que la loutre ne place pas à n’importe quel endroit. « C’est un moyen de communication assez crucial entre congénères, qui permet notamment de marquer un territoire, et on en trouve souvent sur les passages obligés, comme ce pont », note le spécialiste. Petit à petit, le regard envisage le paysage autrement. Un rocher, une plage de vase ou une coulée dans l’herbe deviennent autant d’obstacles, de passerelles ou de lieux de repos. Pour peu que l’œil soit averti, on décèle vite mille traces de la vie sauvage qui foisonne à quelques mètres de nos routes.

VIOLETTE VAULOUP

1. Groupe mammalogique breton.

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