L’agriculture face au manque d’eau

L'eau, en péril ?

N° 419 - Publié le 30 avril 2024
© NORBERT GRISAY / HANS LUCAS VIA AFP

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En France, le modèle agricole est largement dépendant de la ressource en eau et de sa disponibilité. Si le cas breton est un peu particulier, il ne pourra pas passer outre une remise en question de ses propres pratiques.

58 %. C’est la part d’eau douce consommée en France par les usages agricoles1. Irrigation des cultures, abreuvage des animaux, nettoyage des installations… Elle est indispensable au bon fonctionnement des champs et des fermes, mais le changement climatique provoque à la fois une raréfaction de la ressource et une hausse des besoins. « En fonction des zones géographiques et du type d’agriculture pratiqué, le besoin d’adaptation est différent, souligne Gérard Gruau, directeur de recherche CNRS à Géosciences Rennes et co-président du Creseb2. Les grandes plaines céréalières du Bassin aquitain ou de Charente ne font pas face aux mêmes défis que les porcheries bretonnes ».

Forts épisodes de pollution 
 

En Bretagne, l’agriculture est effectivement caractérisée par une très grande densité d’élevages : en 2021, elle a fourni 57 % de la production porcine nationale3. Si l’accès à l’eau ne constitue pas une revendication du monde agricole breton, c’est parce que la région « est un peu à l’écart, juge le géochimiste. Sa pluviométrie est assez importante, en particulier à l’ouest, même si cet avantage est menacé par le réchauffement climatique ».
Il avance : « Une autre caractéristique de la région, c’est sa sensibilité aux polluants agricoles ». En raison de sa géologie, le temps de séjour de l’eau dans les sols et avant d’atteindre les rivières est assez court, ce qui limite les possibilités d’épuration. Elle est donc facilement affectée par les pesticides, les produits vétérinaires, mais aussi par le phosphore et les nitrates qui viennent des intrants agricoles et des déjections animales. Une contamination qui entraîne l’eutrophisation4 des milieux aquatiques, dont les marées d’algues vertes sont une conséquence. « En termes de qualité, les importantes surfaces agricoles et les pratiques à risques provoquent de forts épisodes de pollution, constate Rémi Dupas, agro-hydrologue à l’Inrae5, à Rennes. Les cours d’eau bretons comptent parmi les plus pollués d’Europe. »
Comment alors protéger ce milieu vulnérable ? « Aujourd’hui, on ne connaît pas de modèle agricole, même très alternatif, qui puisse permettre d’atteindre à coup sûr l’objectif de 10 mg/litre en moyenne de nitrates dans l’eau, seuil à partir duquel on constate une baisse significative des marées vertes, indique le chercheur. C’est un objectif très exigeant, toute agriculture modifie les cycles de l’azote et du phosphore. »

Adapter l’agriculture
 

Pourtant, les scientifiques s’accordent sur le fait que pour préserver l’eau des pollutions et d’une surexploitation il faut revoir le modèle agricole qui, dans son ensemble, devra évoluer. « Ce qui jouera principalement, c’est l’effet de l’adaptation de l’agriculture. Plusieurs scénarios sont possibles pour le futur, et cela déterminera grandement la qualité et la quantité de l’eau disponible, analyse Rémi Dupas. On ne pourra de toute façon plus faire de l’agriculture bretonne dans un climat méditerranéisé. »
 

Pour aller plus loin

Anna Sardin

1. Moyenne 2010-2019 d'après l’Inrae. La consommation d’eau correspond à la partie de l’eau prélevée et non restituée aux milieux aquatiques.
2. Centre de ressources et d'expertise scientifique sur l'eau de Bretagne.
3. Chiffres de la Chambre d’agriculture de Bretagne.
4. Apport excessif d’éléments nutritionnels, qui déséquilibre un écosystème.
5. Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.

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