Quand le courant traverse le corps
Électricité : histoires, usages et défis
Chaque année, environ 3 000 personnes en France sont victimes d’une électrisation. Et trente à quarante d’entre elles y succombent. Quelles sont les conséquences d'un choc électrique pour l'organisme ?
Le corps humain, riche en eau et en sels minéraux, conduit le courant avec une efficacité redoutable. Mais que se passe-t-il exactement dans le corps lorsqu’il devient conducteur ? Si cette énergie traverse notre organisme, on parle d’électrisation. Selon l’intensité de ce phénomène, il peut conduire à la mort : c’est l’électrocution.
Victime polytraumatisée
« Une électrisation peut atteindre tout le corps humain », explique Sébastien Zimmermann, responsable du service des urgences de Pont-l’Abbé (Finistère). Le courant perturbe les signaux électriques naturels qui régulent nos cellules. Il contracte violemment les muscles, parfois jusqu’à empêcher la victime de lâcher la source. S’il traverse le thorax, il peut dérégler le rythme cardiaque et provoquer une fibrillation ventriculaire1, souvent fatale. « Lors d’un accident électrique important, il faut considérer la personne comme une victime polytraumatisée, un peu comme après un accident de la route », relate le médecin urgentiste.
Même sans brûlures apparentes, les tissus internes peuvent être gravement atteints. Les lésions suivent le trajet du courant, détruisant muscles, vaisseaux et nerfs sur leur passage. La peau joue un rôle essentiel : sèche, elle freine partiellement le courant ; humide, elle le laisse passer beaucoup plus facilement. « Le courant chauffe les tissus de l’intérieur : des muscles peuvent être détruits sans que la peau ne paraisse abîmée », précise Sébastien Zimmermann. Dans certains cas, ces atteintes provoquent une rhabdomyolyse – la destruction du tissu musculaire – qui libère des substances toxiques pour les reins.
L’intensité tue
La gravité du choc dépend de plusieurs facteurs : intensité, tension, durée du contact et trajet du courant. « Pour simplifier, l’intensité tue et la tension brûle », résume le praticien. Dès 5 milliampères, on ressent une décharge. À 10, les muscles se contractent ; à 25, le diaphragme peut se bloquer ; à 50, le cœur risque de s’emballer ou de s’arrêter. Les accidents domestiques, généralement liés à la basse tension (220 volts), sont les plus fréquents. Une prise défectueuse, un fil dénudé, un bricolage hasardeux : il suffit d’un instant d’inattention. Les accidents professionnels, eux, impliquent souvent des tensions supérieures à 1 000 volts, provoquant de graves brûlures, parfois sans contact direct, par arc électrique2.
En cas d’électrisation, il ne faut jamais toucher la victime tant que le courant n’est pas coupé. « Cela paraît évident, mais c’est la première erreur que l’on commet par réflexe », rappelle Sébastien Zimmermann. Il faut d’abord couper le courant, puis alerter les secours. À l’hôpital, la prise en charge dépend de la gravité : les patients les plus atteints sont orientés vers un service de réanimation ou un centre de grands brûlés.
1. Série non coordonnée de contractions très rapides et inefficaces des ventricules (chambres inférieures du cœur), provoquée par de nombreuses impulsions électriques chaotiques, potentiellement mortelle.
2. Une décharge électrique continue à courant élevé circulant dans l'air qui sépare des conducteurs.
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du magazine Sciences Ouest