Keroman : polémique sur les quais lorientais

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N° 416 - Publié le 29 janvier 2024
© Xavier Dubois

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Les modalités d’un projet de partenariat commercial entre les ports de Lorient et de Duqm, à Oman, lancé depuis plus de trois ans, provoquent de vives controverses.

Depuis décembre, le port de Lorient-Keroman, principal pôle halieutique breton, est au centre d’une polémique qui ne cesse d’enfler. En cause : un projet de partenariat avec le port de Duqm, une ville côtière du Sultanat d’Oman, tout au bout de la péninsule Arabique. Porté par un consortium franco-omanais, Marsa Al Duqm Investments, dont fait partie la société qui gère le port de Lorient, le projet promet de développer et d’exploiter un port calqué sur son modèle breton, bien que cinq fois plus étendu. Si les 2,7 km de quais existent déjà, la construction des autres infrastructures devrait commencer en 2024. Pour ses représentants français, tout l’intérêt est « d’exporter le savoir-faire et l’expertise maritimes » acquis à Lorient, « un écosystème à l’avant-garde des innovations et des ambitions maritimes de la France », vante la plaquette de présentation sur le site de Lorient Agglomération.

Du poisson par avion ?


Mais ce qui a provoqué un tollé chez les pêcheurs et les écologistes locaux, c’est l’évocation dans la presse locale et nationale d’un débarquement en criées lorientaises de pêcheries d’origine omanaises… importées par avion-cargo. Un scénario qui a depuis été démenti par les principaux acteurs concernés, sans remettre en cause l’importation en elle-même, qui doit « sécuriser les approvisionnements internationaux » de la criée de Lorient. « Si cela arrivait, le bilan environnemental et écologique d’un tel import serait absolument désastreux, réagit Didier Gascuel, professeur à l’Institut Agro Rennes-Angers et spécialiste des ressources halieutiques. En outre, cela constituerait un pillage des ressources de l’océan Indien, dont les populations locales se nourrissent. »

Un modèle à bout de souffle


Il est prévu que le tout nouvel ensemble portuaire puisse recevoir et traiter 200 000 tonnes de produits de la mer par an dans les cinq prochaines années, puis 500 000 tonnes après dix ans, « voire un million de tonnes à plus long terme. » Pour le scientifique, l’histoire de la pêche est sans équivoque sur ces perspectives : « À force de pêcher en mer sans aucune régulation, tous les pays se sont heurtés aux limites de la biosphère. Je prétends qu’il n’existe pas une étude sérieuse pour prouver que les potentiels d’exploitation correspondent à ces annonces. »

À ses yeux, il faut surtout questionner la pertinence d’exporter un modèle de pêche « déjà à bout de souffle ». En effet, la nécessité de décarboner rapidement le secteur, la hausse des prix du carburant et les baisses de quotas de pêche liées au récent Brexit, mettent en péril le fonctionnement actuel de la pêche en mer, principalement basé sur de gros chalutiers. « Des causes conjoncturelles, qui auraient posé beaucoup moins de difficulté sans une cause structurelle : il n’y a plus suffisamment de poissons dans la mer pour continuer ainsi. » Le chercheur propose au contraire d’investir dans une transition écologique et sociale de la pêche française et donc dans un nouveau modèle, plus durable, « qui pourrait constituer un avenir pour les pêcheurs et les consommateurs, tout en préservant les ressources naturelles maritimes », aux antipodes de ce qui se construit actuellement.

Anna Sardin

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