Comme un puzzle : au cœur des failles des Balkans
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Entre Rennes et Potsdam, une doctorante tente de reconstituer les processus à l’origine des failles géologiques du sud des Balkans, l’une des zones d’Europe au plus fort risque de sismicité.
Stefania Wagenaar travaille sur une région particulièrement complexe. À cheval entre l’Albanie, le Kosovo, la Macédoine du Nord et le nord de la Grèce, le terrain d’étude de cette doctorante en géologie aux universités de Potsdam (Allemagne) et de Rennes, se trouve à la jonction de trois plaques tectoniques. C’est l’un des lieux où la terre tremble le plus en Europe. Pendant trois ans, la chercheuse va tenter d’identifier les processus à l’origine des déformations de la croûte terrestre dans la région.
Compression et extension
« C’est une zone où plusieurs dynamiques coexistent : la collision et la subduction (lorsqu'une plaque se glisse sous une autre) des plaques tectoniques », contextualise la doctorante. La croûte se compresse ou s’étend, formant des montagnes et des fractures. Un vaste système de failles datant de plusieurs millions d’années constelle le territoire. En mars, Stefania Wagenaar a commencé sa thèse par une mission de terrain, pour mesurer l’orientation de certaines de ces failles et repérer les stries laissées par le frottement des roches au moment de leurs mouvements. Des données qui indiquent par exemple dans quelle direction la roche a bougé. « Je me suis aussi rendue dans les bassins formés par l’écartement des failles pour analyser les sédiments qui les ont remplis », ajoute la chercheuse, qui s’attache désormais à rassembler les données de terrain et celles de la littérature. Une tâche loin d’être aisée. Une bonne partie des articles publiés au XXe siècle n’est pas traduite ou n’a pas été mise en ligne. La collaboration avec des scientifiques de Tirana (Albanie) et de Skopje (Macédoine du Nord) facilite toutefois l’accès à la littérature régionale et contribue à la bonne réalisation des missions de terrain.
Des motifs complexes
Dans la région, les failles ont façonné le paysage, délimitant des reliefs et des plaines. « Par endroits, elles sont orientées Nord-Ouest/Sud-Est et d’autres leur sont perpendiculaires ou obliques. On essaie de comprendre pourquoi elles forment des motifs si complexes », s’interroge Eline Le Breton, co-directrice de la thèse et porteuse de la chaire franco-allemande dans laquelle s’inscrit ce projet de recherche. « Les grands mouvements des plaques sont plutôt bien connus, on a les pièces du puzzle, analyse la chercheuse à Géosciences Rennes. Maintenant il faut comprendre dans le détail comment elles s’imbriquent. » À partir du paysage, Stefania Wagenaar cherche à retracer l’évolution de la géographie et à modéliser les processus tectoniques à l’œuvre. « C’est de la recherche fondamentale, il n’y a pas forcément d’application concrète immédiate mais en aidant à comprendre avec plus de subtilité les dynamiques géologiques de la région, ces données pourront affiner les modèles de prédiction des risques sismiques », conclut-elle.
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