Au Brésil, la « candidature par procuration » de Jair Bolsonaro

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N° 441 - Publié le 6 octobre 2026
© VIOLETTE VAULOUP

 Les 4 et 25 octobre, les Brésiliens éliront leur président de la République. Condamné en 2025 à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État à la fin de son mandat (2019-2023), l’ex-président Jair Bolsonaro est aujourd’hui inéligible. 

C’est son fils aîné, Flávio, lui représente le camp conservateur face au président sortant, Lula. Bruno Ronchi, doctorant en science politique à l’Institut du droit public et de la science politique à Rennes, spécialiste du bolsonarisme, nous éclaire sur les enjeux de l’élection.

Comment définir le bolsonarisme ? 

C’est un mouvement qui marque une rupture avec les institutions démocratiques telles qu’elles ont été conçues après la dictature, à la fin des années 1980. Il arrive à composer avec la démocratie sur le plan formel — il est arrivé au pouvoir par les élections de 2018 — mais est en complète opposition avec ses valeurs. Le bolsonarisme surfe sur la forte tradition anticommuniste du Brésil, fondée sur le nationalisme, le libéralisme économique et l’idée d’une guerre spirituelle portée par le christianisme. Ce trépied avait déjà été mobilisé lors des coups d’État de 1937 et 1964. La soi-disant « hégémonie culturelle de la gauche » est désignée comme l’ennemie, même si la principale force de gauche est loin d’être révolutionnaire. Mais cette idée permet d’actualiser la tradition anticommuniste brésilienne, la rendant plus compatible avec un débat politique axé sur l’autonomie et l’expression individuelle, notamment sur le plan des mœurs. 

Ce mouvement peut-il survivre à Jair Bolsonaro ? 

Le candidat naturel de la droite brésilienne est son fils, donc oui. Du moins pour l’instant. Il y a quelques freins, comme le fait que le mouvement n’ait pas de parti propre. La police vient d’ouvrir une enquête sur Flávio pour corruption. Il y a aussi des conflits internes à la famille. Le bolsonarisme est un mouvement puissant mais désorganisé sans sa figure centrale. Jair Bolsonaro reste le leader symbolique, le premier à avoir proposé une offre politique aux conservateurs alors que la droite, associée à la dictature, ne parvenait pas à s’imposer dans le champ politique. 

Comment analyser cet ancrage familial ? 

Le bolsonarisme est avant tout un projet familial, les quatre fils de Jair sont en politique, c’est le noyau du mouvement. Il était probable que le candidat porterait le nom de famille. C’est une candidature par procuration de Jair. 

Qu’est-ce qui se joue avec cette élection ? 

Je ne suis pas sûr que les institutions se soient remises du choc causé par la présidence de Bolsonaro. On a vu à plusieurs reprises des confrontations très directes, notamment avec la justice. Le risque est de mettre de nouveau en péril la séparation des pouvoirs et le système électoral. Plus largement, l’Amérique du Sud tourne encore une fois à droite, sous une certaine influence des États-Unis. Ce ne serait pas anodin d’avoir un continent entier aligné sur le gouvernent Trump. 

Lire aussi : « Comment Jair Bolsonaro a pu arriver au pouvoir »  

Propos recueillis par Violette Vauloup

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