« Au Vatican, le vêtement est un outil diplomatique »
Portrait
« On imagine que le Vatican est une institution immobile. Mais il a vécu de nombreuses réformes vestimentaires. Dans mon travail de thèse, je montre que le vêtement y est un objet politique, en particulier au 19e siècle. Avec la révolution industrielle, le mode de consommation du vêtement change dans la société. Au même moment, l’État italien se construit et l’influence du pape diminue. En réponse, le pontife surinvestit son pouvoir spirituel. Dans le vestiaire liturgique, très codifié, de nouvelles pièces apparaissent.
Privilèges vestimentaires
La sacralisation du pape passe d’abord par son habit : la couleur rouge est abandonnée pour le blanc, symbole de pureté. Et le vêtement devient un outil diplomatique. La hiérarchisation se renforce, l’abbé n’a pas le même habit que l’évêque ou le cardinal. Pie IX promulgue des lois pour accorder des privilèges vestimentaires à ses soutiens, comme un chapeau différent. Je séjourne régulièrement à Rome, pour accéder aux archives vaticanes. Je m’y plonge dans les factures de la sacristie ou dans des traités écrits par des abbés. Le vêtement est un objet protéiforme, avec de multiples approches : économique, sociologique, symbolique par la couleur… et ce sujet me permet d’assouvir ma passion dévorante pour la mode ! »
ÉLODIE PAPIN
1. Centre de recherche bretonne et celtique.
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du magazine Sciences Ouest