« La crise climatique est un risque social »

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N° 423 - Publié le 30 octobre 2024
© VIOLETTE VAULOUP

Les 26 et 27 novembre, Josépha Dirringer, enseignante-chercheuse à l'Université de Rennes en droit du travail et de la protection sociale, co-organise un colloque à Rennes qui interroge la place du droit du travail dans la transition écologique.


En quoi la crise climatique concerne-t-elle le monde du travail ?


Karl Marx a bien montré que le capitalisme est un système d’exploitation à la fois de la nature et de l’Homme, les deux sont très liés. Il me semble que la crise climatique nous oblige, en tant que juristes, à penser de nouvelles institutions et formes de régulation. Le système de protection sociale n’est par exemple pas adapté à l’ampleur des conséquences du dérèglement climatique.

C’est-à-dire ?


On va assister à l’apparition de nouvelles pathologies qui risquent de montrer les limites du système d’assurance AT/MP1. Par le passé, on a eu du mal à reconnaître le rôle des pesticides ou de l’amiante dans les cancers de travailleurs exposés car les employeurs ne voulaient pas être tenus responsables. Nous aurons certainement le même problème avec des risques liés au dérèglement climatique. Et cela pose la question de la responsabilité, donc de savoir à qui est imputable la crise climatique et qui doit donc se charger de la réparation des dommages.

Peut-on désigner un coupable ?


Les premières victimes sont en tout cas les travailleurs. Des catastrophes comme Lubrizol ou AZF montrent bien comment le système capitaliste nuit à l’environnement et à la santé humaine. Les premiers responsables sont ceux qui exposent aux risques : les employeurs. On vise souvent l’activité humaine comme cause du dérèglement climatique ; en réalité, c’est l’activité humaine telle qu’elle fonctionne dans le système capitaliste qui, par son action sur la nature, en est à l’origine et cherche continuellement à en tirer profit.

Comment le droit du travail peut-il s’adapter ?


Avoir érigé la crise climatique comme une question globale et éloignée du travail a conduit à sa prise en charge par l’État. Mais elle doit être considérée comme un risque social. Elle a déjà des effets sur la santé, la vie économique ou encore l’accès à une alimentation saine. À ce titre, le dérèglement climatique, ses causes et ses conséquences relèvent du monde du travail. Il faut donc adapter le système de protection sociale pour y faire face. Il est nécessaire de mettre en place des systèmes de régulation pour encadrer la participation des employeurs à la réparation des dommages causés par la crise écologique.

Capitalisme et écologie sont-ils inconciliables ?


Il y a une vraie tension entre le capitalisme et l’écologie. Est-ce qu’on peut dépasser les contradictions qui les opposent ? La voix la plus radicale assure qu’il n’y aura pas de salut sans révolution anticapitaliste. Une autre, plus modérée, pense que c’est par une logique de réforme du système que l’on pourra répondre aux défis socio-climatiques qui nous attendent.

VIOLETTE VAULOUP

1. Accidents du travail, maladies professionnelles.

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