Vrai pétrole, fausse marée noire
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À Brest, les équipes du Cedre forment chaque année plus de 1 000 personnes du monde entier à la lutte contre les pollutions accidentelles des eaux. Reportage.
Un jet visqueux s’écrase à la surface de l’eau, une nappe noire recouvre le bassin. Sur la flaque lisse et brillante, miroitent des visages fouettés par le crachin glacial. L’eau dégouline des casques et une odeur de mazout flotte dans l’air. Au loin, on distingue à peine les têtes des grues du chantier naval, perdues dans le brouillard. Au beau milieu du plateau technique du Cedre1, à Brest, des stagiaires s’entraînent à gérer un déversement d’hydrocarbures en mer. Ils font partie des 1 300 personnes formées chaque année – pompiers, garde-côtes ou encore employés de compagnies de transport maritime – par ce centre expert de la pollution des eaux. Avec sa plage artificielle, sa zone portuaire et son plan d’eau, le site est l’un des rares au monde autorisé à simuler des pollutions en conditions réelles. Créé en 1978, quelques mois après le naufrage de l’Amoco Cadiz, le Cedre combine aujourd’hui recherche, formation, intervention et conseil dans le monde entier.
Arbitrages
Mi-avril, pour la première formation de l’année, il accueillait neuf stagiaires, en majorité des employés de compagnies pétrolières, comme Total Energies. Quatre jours pour apprendre les stratégies d’intervention et le fonctionnement des équipements de lutte contre les déversements d’hydrocarbures en mer et sur le littoral. Emmitouflés dans leur équipement de protection, les participants déploient la pompe qui doit aspirer le pétrole sous l’œil attentif de Loïc Harang, ingénieur d’études au Cedre. « Il n’y a pas de vérité dans l’antipollution, c’est extrêmement compliqué car chaque situation est différente », lance-t-il. Ainsi, il arrive que les risques d’intoxication ou d’inflammation liés à certains produits empêchent l’intervention. « Et une opération de dépollution sur des zones sensibles, comme les mangroves, pourrait entraîner de graves dégâts, ce sont des arbitrages constants », résume l’ingénieur. Comme tout le monde au Cedre, Loïc a plusieurs casquettes. Il forme, dresse des stratégies de gestion des risques pour des clients (des ports par exemple) et peut être mobilisé en cas d’urgence.
Production de savoir
Mais si le Cedre s’est imposé comme une référence dans le monde entier, c’est aussi parce qu’il produit du savoir. « Chaque hydrocarbure réagit différemment dans l’eau. Ceux qui les manipulent savent comment ils se comportent dans leurs tuyaux ou leurs fûts, mais dans l’eau, nous avons peu de données, indique Natalie Monvoisin, cheffe du service études et formations. Ici, nous étudions leur comportement, leur vieillissement et leur impact sur l’environnement. C’est nécessaire pour établir des stratégies de lutte », poursuit-elle en jetant un regard par la fenêtre. Quelques mètres plus loin, près du bassin, le pétrole a rejoint sa cuve. L’eau est de nouveau claire.
1. Centre de documentation, de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux.
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