Habiter une vieille maison, signe de modernité ?

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N° 418 - Publié le 28 mars 2024
© AQUAPHOTO / ADOBE STOCK
Les maisons ordinaires à une époque sont devenues plus rares et permettent aujourd'hui de se singulariser.

En s’intéressant à l’attrait pour le bâti ancien en Bretagne, une jeune morbihannaise a interrogé les notions de modernité et d’identité pour déconstruire une forme de romantisation du passé.

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« On observe une quête de ruralité chez certains nouveaux habitants de la campagne, qui idéalisent la vie dans une vieille maison et recréent une réalité qui n’a parfois jamais existé », remarque Marie Chaffin. Récemment diplômée d’un master de sociologie à l’Université Paris Cité, cette morbihannaise qui travaille aujourd’hui dans le marketing s’est intéressée pendant un an à l’attrait pour le bâti ancien en Bretagne.

Entre poutres apparentes et bouquets de fleurs des champs, vieux murs de pierre et tomettes en terre cuite, certains influenceurs montrent en effet un mode de vie affublé des hashtags #authentique et #bucolique. Une image de la ruralité que la jeune femme a voulu décortiquer dans son mémoire de master, soutenu il y a quelques mois. « J’ai été frappée par cette glamourisation de la ruralité, que l’on perçoit dans la mode et la gastronomie mais aussi dans le choix du logement, raconte-t-elle. Je voulais comprendre pourquoi les gens font le choix de vivre dans du bâti ancien alors que c’est souvent plus coûteux et compliqué à entretenir que du neuf. » Marie Chaffin a donc frappé aux portes pour rencontrer les propriétaires de bâtisses construites avant 1948, dans le Morbihan et les Côtes-d’Armor.

Singularité


Après la Seconde Guerre mondiale, la reconstruction s’est faite à grand renfort de béton. L’heure était à l’uniformisation architecturale. Alors aujourd’hui, habiter dans de l’ancien est une manière de se singulariser. « Une propriétaire m’a dit “ma maison est moche mais je l’aime car il n’y en a pas deux pareilles”, ça m’a frappé », souligne celle qui voit aussi dans cette logique un signe de modernité. « Avant, les individus se définissaient par rapport à leur classe sociale ou leur travail. Peu à peu, ils ont défini leur identité par leurs goûts ou le logement », explique Marie Chaffin. Selon elle, ces habitants utilisent le passé pour créer leur propre « socle identitaire ».

Les onze personnes avec qui elle a échangé au cours de sa recherche se présentent plus ou moins comme des passeuses d’histoire. « Tous sont très conscients que des gens ont vécu ici avant eux et que d’autres y vivront après. Ils s’inscrivent dans une continuité historique et revendiquent la volonté de transmettre quelque chose », retrace la jeune femme.

Une âme et un passé


Pourtant, ils rappellent aussi que vivre dans une vieille maison est plutôt lourd. « Il faut la chauffer, l’entretenir, la meubler », énumère la Bretonne. Mais un affect particulier semble relier ces bâtisses et leurs occupants, qui n’hésitent pas à les personnifier, presque inconsciemment, en évoquant leur âme et leur vécu. « Une maison ancienne c’est un peu comme une vieille tante dont il faut s’occuper, résume Marie Chaffin, elle a du caractère mais au fond on aime même ses défauts. »

Violette Vauloup

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