Alcool en Bretagne : légende ou vérité ?
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La réputation largement répandue de la Bretagne, selon laquelle ses habitants seraient en grande partie alcooliques, proviendrait des habitudes de consommation d’antan.
Comme tous les ans, le défi international du Dry January1 débute le 1er du mois avec une unique règle : ne pas consommer d’alcool de la première à la dernière heure de janvier. L’occasion de faire le point sur la réputation de la Bretagne, une région où l’on s’alcooliserait beaucoup, voire trop, selon de nombreux clichés. Mythe ou réalité, qu’en est-il vraiment ?
Des paramètres spécifiques
Durant la première moitié du 19e siècle, la consommation d’alcool en Bretagne n’est pas supérieure à la moyenne française. Les excès ont lieu aux moments des fêtes, durant lesquelles l’ivresse est traditionnellement manifeste. Cet enivrement, trop flagrant pour les mœurs de l’époque, est associé à un alcoolisme chronique par le reste de la France. Il n’en fallait pas plus : la réputation des Bretons est née.
Ce n’est qu’à partir des années 1850 que la région aurait en réalité peu à peu basculé d’une alcoolisation aiguë et ponctuelle à un alcoolisme chronique. Principales causes mises en évidence par les historiens : la hausse des revenus, la baisse des prix de l’alcool, et la multiplication des cabarets et bouilleurs de cru2 itinérants. Ces paramètres, spécifiques à la Bretagne, en font la région française où le taux de mortalité par alcoolisme est le plus fort en 19503.
Des excès traditionnels
Depuis, la situation a grandement changé grâce à des campagnes massives de sensibilisation mises en place durant le 20e siècle. « De nos jours, la Bretagne est loin d’être la région où l’on boit le plus régulièrement », affirme Gladys Lam-Gardel, addictologue au Centre hospitalier Bretagne Atlantique à Auray (Morbihan). Selon les chiffres de Santé publique France, si l’on classe en effet les treize régions métropolitaines en fonction de la part des 18-75 ans consommant de l’alcool quotidiennement, la péninsule armoricaine n’est que sixième4.
Même si les Bretons ne sont plus les premiers consommateurs de France, la Bretagne, alcoolique repentie, souffre encore des habitudes d'hier : les excès traditionnels et l’association quasi systématique de l’alcool avec la fête se sont perpétués. La région est en effet celle présentant le plus fort taux d’alcoolisations ponctuelles importantes (API)5, chez les 18-75 ans comme chez les jeunes de 17 ans. « Une consommation abusive n’est pas forcément synonyme d’alcoolisme, mais on risque l’addiction au-delà de dix verres par semaine », explique Gladys Lam-Gardel.
En résumé, malgré sa réputation, la Bretagne n’est plus le lieu où l’on boit le plus souvent, mais c’est bien là que l’on se saoule le plus fort, et jeune. « Ce Dry January est donc une démarche très pertinente, insiste l’addictologue. Il nous permet à tous, consommateurs jeunes ou moins jeunes, raisonnés, abusifs ou addicts, de nous questionner sur notre rapport à l’alcool. »
1. Littéralement « Janvier sec ».
2. Personnes habilitées à produire leurs propres eaux-de-vie.
3. 52 pour 100 000 chez les femmes, 100 pour 100 000 chez les hommes.
4. La tête de classement étant détenue par l’Occitanie, suivie de la Nouvelle-Aquitaine puis des Hauts-de-France.
5. Au moins six verres d’alcool en une occasion.
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