Surprendre le brame du cerf, « un jeu de patience »

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N° 413 - Publié le 26 octobre 2023
© VIOLETTE VAULOUP
Chaque année, le Cner organise des sorties pour tenter d'entendre le brame du cerf.

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Dans la forêt de Paimpont, au début de l’automne, on peut entendre le cri du cerf en rut. Immersion au milieu des bruits de la nuit avec le Cercle naturaliste des étudiants rennais.

C’est une douce soirée d’octobre qui se profile dans la forêt de Paimpont. Au bord de l’étang du Pas du Houx, le silence semble total. Mais si l’on tend l’oreille, la forêt bruisse de partout. Un canard plonge. Une branche grince. Le vent agite les feuilles. Un moteur se rapproche. Cinq jeunes filles descendent d’une voiture pleine à craquer. Dans le coffre, des jumelles s’entassent entre les sacs à dos. Pauline y attrape le trépied d’une longue vue. L’étudiante en écologie de 20 ans organise ce soir la dernière sortie « brame du cerf » de l’année, rendez-vous très suivi du Cercle naturaliste des étudiants rennais (Cner).

Traduire les ultrasons


Chaque année, de mi-septembre à mi-octobre, l’association propose de passer la soirée dans la forêt pour entendre le fameux cri de l’animal en rut. C’est aussi l’occasion d’observer les oiseaux, chauves-souris et autres petits mammifères. « Parfois, on peut même voir des cerfs de l’autre côté de la rive », prévient Pauline en pointant la berge du doigt. Mais pour l’instant, il n’y a que les oiseaux qui se montrent. Jumelles aux yeux, les cinq étudiantes tentent de les reconnaître.
À mesure que la nuit tombe, les chauves-souris se font de plus en plus nombreuses. Pauline sort de son sac un boîtier qui émet de petits bruits. « Il capte les ultrasons des chauves-souris autour de nous et les traduit en sons que nous pouvons entendre », explique la jeune femme sous le regard impressionné du reste du groupe, qui ne tarde pas à s’assoir sur le bord du chemin. La nuit est désormais tombée. Les chouettes hululent et on entend le tic-tac d’une montre. « Ils sont timides ce soir », souffle Pauline. L’oreille attentive, le groupe parle peu, de peur de manquer le brame tant attendu. « C’est un jeu de patience », confie l’étudiante.

Rot, beuglement ou rugissement ?


Au début de l’automne, pendant la période de reproduction, les mâles quittent leur harde pour féconder des femelles. « Le brame leur permet de signaler leur présence – ce cri-là s’apparente à un rot – et à dissuader les autres mâles d’approcher. Il peut durer plusieurs secondes, on dirait un mélange de beuglement et rugissement », chuchote Pauline.
Dans le silence, chaque bruit devient assourdissant. Le groupe sursaute quand un ragondin plonge dans l’étang. Pauline braque une torche sur l’animal, bientôt rejoint par un de ses compères. « Ils sont mignons mais ravagent complètement les berges. Ils ont été importés d’Amérique au 19e siècle et sont devenus invasifs ». La nuit est calme. Un peu trop. Le cerf se fait désirer. Le groupe prend la route, direction un autre coin de la forêt, quelques kilomètres plus loin, près d’une grande plaine où certaines nuits, le brame résonne. Mais le cerf ne viendra pas ce soir. « Malheureusement, c’est un peu une question de chance aussi », sourit Pauline.

Violette Vauloup

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