Comment restaurer ces milieux ?

Une biodiversité à préserver

N° 408 - Publié le 29 mars 2023
© CYRIL FRESILLON / ISTO / CNRS PHOTOTHÈQUE
Mesure des échanges de carbone sur la tourbière de la Guette (Cher) dans le cadre du projet Care-Peat.

Les landes et les tourbières ont progressivement été abandonnées. Pourtant, elles jouent un rôle écologique majeur. Des projets européens tentent donc de les restaurer.

Longtemps perçues comme insalubres, de nombreuses tourbières ont été drainées, facilitant ainsi la pénétration de l’air dans le sol. L'activité microbiologique a entraîné une décomposition accrue de la matière organique, libérant ainsi une quantité plus importante de carbone dans l’atmosphère. Le projet européen Care-Peat vise à réduire les émissions de CO2 de sept sites pilotes, dont deux en France : à la Guette, en Sologne, et sur le site de Landemarais, près de Fougères (Ille-et- Vilaine). « Pour restaurer ces tourbières, nous réalisons des étrépages : cela
consiste à enlever la végétation composée d’espèces communes pour favoriser l’expression de plantes caractéristiques des tourbières »
, explique Sébastien Gogo, enseignant-chercheur en écologie au laboratoire Ecobio1, à Rennes, et pilote du projet à La Guette et à Landemarais.
« Intéressant pour la biodiversité, ce procédé n'est cependant pas très efficient concernant le stockage du carbone. Nous avons donc décidé de réimplanter des sphaignes2 sur les surfaces étrépées, car ces plantes se décomposent mal. Le carbone qui compose leur matière organique est ainsi stocké durablement dans le sol », explique le scientifique. Le projet Care-Peat prévoit d’éviter l'émission de 8 137 tonnes de carbone par an sur les sept sites concernés, selon le Service géologique national.

En parallèle, Sébastien Gogo travaille avec sa collègue Aude Ernoult, maître de conférences en écologie au laboratoire Ecobio, à la préservation des tourbières de la forêt de Brocéliande. Ce projet participatif, intitulé Forêt, vise à identifie les enjeux de préservation des tourbières et forêts en croisant les regards des gestionnaires, des scientifiques et des usagers, afin de mieux faire face aux vagues de sécheresse de plus en plus fréquentes, qui menacent l'écologie du site mais aussi la production forestière.

Rendre la lande aux agriculteurs

Milieux semi-naturels, les landes non entretenues risquent quant à elles d'évoluer sur plusieurs décennies en bosquets puis en forêts. Pour les restaurer, le Parc naturel régional d'Armorique travaille depuis une trentaine d'années avec les agriculteurs des monts d'Arrée pour développer et pérenniser des pratiques de gestion ancestrale de la lande. Le soutien du programme européen Life3 permet d'accélérer ces actions. « Nous visons en priorité des parcelles que des agriculteurs seront en mesure de gérer », explique Yves-Marie Le Guen, coordinateur du programme Life Landes d’Armorique. « Lors de nos premiers travaux à l'automne 2022, nous avons ainsi utilisé un broyeur forestier sur des parcelles où la végétation était trop haute pour une gestion agropastorale4. Cela permet à la molinie, aux bruyères et aux ajoncs de repousser et, deux ou trois ans plus tard, l'agriculteur peut faire pâturer ses bêtes ou faucher la lande pour leur fournir de la litière. » Pour redonner vie aux landes, les techniciens tâchent également de restaurer des tourbières en bouchant des fossés de drainage ou en coupant des résineux. 95 hectares sur 200 prévus dans le cadre du programme ont ainsi déjà été restaurés.

MATTHIEU STRICOT

1. De l’Osur (CNRS, Université de Rennes).
2. Famille de mousse caractéristique des tourbières.
3. Qui accompagne les agriculteurs pour mettre en place des bonnes pratiques de gestion en échange d'aides européennes. En Bretagne, il concerne trois sites Natura 2000 emblématiques : le Ménez Hom, les monts d’Arrée et Ménez Meur.
4. Qui se livre à l’agriculture et à l’élevage.

TOUT LE DOSSIER

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest