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Maladies rares : La connaissance explose, les moyens stagnent

N° 406 - Publié le 31 janvier 2023

Près de 5 % des Français sont touchés par une maladie rare. Entre progrès technique et priorité politique, la recherche avance mais se heurte au manque de moyens.

En 2004, Grégory Lemarchal monte sur la scène de la Star Academy. Le jeune homme de 21 ans est propulsé vers la notoriété. Et la maladie dont il est atteint aussi. Quinze ans après sa mort, en France, la mucoviscidose reste associée au nom du chanteur. Sous l’impulsion de puissantes associations de patients, la recherche s’est emparée du sujet et d’autres maladies rares ont bénéficié de ce coup de projecteur.

Tous les ans, le dernier jour de février, la Journée internationale des maladies rares rappelle le poids de ces pathologies. Car si pour être considérée comme “rare”, une maladie doit toucher moins d’une personne sur 2 000, cumulées, elles concernent entre 3 et 4 millions de Français. Rapporté à la population bretonne, cela représente près de 180 000 patients. Il n’existe toutefois aucun recensement officiel du nombre de malades. Les pathologies, elles, sont soigneusement répertoriées. On en dénombre environ 8 000 mais « la connaissance explose. Chaque année, au moins une centaine sont découvertes », rapporte Sylvie Odent, responsable du service de génétique médicale du CHU de Rennes.

Pas qu’une question de médicament

En France, la prise en charge des patients est structurée autour de 387 centres de référence maladies rares, intégrés aux hôpitaux. Chacun rassemble une équipe pluridisciplinaire spécialisée dans un type de pathologie. Il existe ainsi des centres dédiés aux maladies neurodégénératives précoces, d’autres aux syndromes malformatifs ou encore aux maladies hémorragiques. Quelle que soit la spécialité, les missions sont toujours les mêmes : soin, enseignement et recherche.

« Le premier objectif, c’est que le malade soit orienté le plus rapidement possible après l’apparition des premiers symptômes pour faciliter le diagnostic et le traitement », insiste Sylvie Odent. Mais au-delà du parcours de soin, c’est tout un parcours de vie qu’il faut accompagner. Les équipes sont donc composées de médecins, mais aussi de professionnels du paramédical comme des diététiciens, des psychologues, des orthophonistes ou encore des assistants sociaux. « Prendre en charge, ce n’est pas uniquement donner un médicament », tient à rappeler la chercheuse.

Priorité sans cesse réaffirmée par les gouvernements français depuis une vingtaine d’années, les maladies rares ont fait l’objet de trois plans nationaux depuis 2004, développés sous l’impulsion d’associations de patients. Ils ont notamment permis de structurer l’accueil des patients et de mettre en place une base de données nationale pouvant faciliter les études épidémiologiques.

Mais ils sont surtout « essentiels pour sanctuariser des financements pour la prise en charge et la recherche sur ces pathologies si particulières », souligne Sylvie Odent, qui a co-piloté la rédaction du troisième plan national maladies rares (PNMR 3), qui s’étend de 2018 à 20231. Particulières, car la faible prévalence qui les caractérise complique la mobilisation d’une population test suffisamment grande pour bien étudier la pathologie. « Si les grandes agences de financement jugeaient de la même façon les projets sur les maladies rares et ceux en lien avec des maladies communes, on n’irait nulle part. On ne joue pas dans la même cour. De ce point de vue-là, les plans nationaux aident beaucoup », poursuit la généticienne.

Développer de nouvelles méthodes

Le PNMR 3 vise notamment la réduction de l’errance diagnostique, soit la durée qui s’écoule – parfois des dizaines d’années – entre l’apparition des symptômes et le diagnostic, ainsi que l’impasse diagnostique, c’est-à-dire l’incapacité des médecins à identifier la maladie en l’état de l’art.

Sachant que 8 maladies rares sur 10 sont d’origine génétique, le développement du séquençage haut débit semble particulièrement prometteur. Comparons un instant le corps humain à une bibliothèque. Les chromosomes sont les livres, les pages représentent l’ADN et les mots sont les gènes. Puis il y a l’espace entre les livres ; jusqu’ici on pensait qu’il ne servait à rien, mais on s’est aperçu qu’il a aussi un rôle.

« Le séquençage haut débit du génome, c’est ce démembrement de toutes les bases de l’ADN, pour avoir une vision à la fois plus large et plus précise qui facilite le repérage des anomalies », résume Sylvie Odent.

Pourtant, en médecine, les solutions miracle sont rares. « Même avec cette technologie, on ne trouve pas toujours l’origine de la maladie », nuance Emmanuelle Génin, biologiste spécialiste de génétique statistique à l’Université de Bretagne Occidentale (UBO). C’est la raison pour laquelle elle se consacre au développement de nouvelles méthodes. « Ce qui nous limite aujourd’hui, ce n’est plus l’acquisition de données mais comment les traiter », analyse la chercheuse. L’une des pistes : explorer les situations où deux variants au lieu d’un seul jouent sur le développement d’une pathologie. Mais nous avons 20 000 gènes, et observer toutes les combinaisons possibles relève de l’impossible.

Manque de moyens

Le développement du séquençage haut débit n’est pas la seule innovation accueillie avec prudence. Depuis le 1er janvier 2023, le dépistage néonatal, qui concernait jusque-là six maladies, est élargi à 13. « C’est très bien et il faut même encore élargir le dépistage de maladies détectables tôt, mais il faut pouvoir assurer un suivi. En pleine crise de l’hôpital, cela rajoute des missions alors que les moyens, eux, n’augmentent pas », alerte Sylvie Odent. Couplé au « poids du règlementaire », ce manque de ressources humaines et financières freine la recherche et la prise en charge optimale des patients.

« En 2022, il fallait rédiger des dossiers pour renouveler la labellisation des centres de référence en plus de rédiger des rapports d’activité. D’août à octobre, je n’ai fait que de l’administratif. Je n’avais plus le temps de m’occuper des patients comme je l’aurais souhaité ni de faire de la recherche, regrette Sylvie Odent. Et souvent, cela déborde sur nos soirées et les week-ends. On fait le maximum, mais la charge mentale est énorme. »

Pour aller plus loin

VIOLETTE VAULOUP

1. Initialement prévu pour une durée de quatre ans, il a finalement été prolongé jusqu’à la fin de l’année 2023.

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