« Les petits pas ne suffiront pas »

Climat : notre santé en danger

N° 402 - Publié le 29 septembre 2022
GRAPHICDESIGN CARBONNIER / ADOBE STOCK

Avec le réchauffement planétaire, la survie de l'espèce humaine est en danger. Comment faire face à cette menace ?

« Canicules, tempêtes, inondations, épidémies… Les vingt prochaines années risquent d’être une accumulation de catastrophes si l’on ne s’y prépare pas », avertit Laurent Labeyrie, spécialiste des changements climatiques. Pour ce paléo-océanographe retraité et membre du Haut conseil breton pour le climat, plusieurs milliards de vies humaines sont menacées.
« Mais nous pouvons encore éviter le pire. » En effet, d'après le dernier rapport du Giec1, les émissions nettes mondiales2 de gaz à effet de serre devront cesser d’ici 2050 afin de maintenir le réchauffement sous le seuil de 1,5 °C. Le respect de cet objectif fixé par l’accord de Paris3 nécessite cependant des transformations drastiques dans des secteurs aussi vastes que l’industrie, l’agriculture ou les transports. « Nous devons accélérer la transition énergétique en investissant massivement dans les énergies renouvelables et en réduisant au maximum nos consommations. »

Des solutions pragmatiques

Malheureusement, quelle que soit l’ampleur des stratégies de lutte contre le changement climatique, elles mettront au moins dix ans avant d’infléchir significativement la trajectoire actuelle. « Il faut être pragmatique et commencer à s’adapter, concède Laurent Labeyrie. Par exemple, la rénovation des bâtiments devrait être une priorité absolue pour économiser l’énergie en hiver, mais aussi en été. » Le scientifique prône une approche bioclimatique de l’habitat, qui consiste à tirer profit de l’environnement pour améliorer le confort intérieur. « Pendant les vagues de chaleur, les toitures végétalisées ou en terre cuite permettent d’éviter la surchauffe, et donc les malaises, alors que les toits en ardoises, typiques en Bretagne, peuvent atteindre 80°C. » À court terme, ces derniers pourraient être recouverts de blanc de chaux à l’arrivée des beaux jours. Grâce à cette solution bien plus sobre que l'utilisation de climatiseurs, la température des ardoises serait maintenue en-dessous de 50 °C. Le film protecteur se dissoudrait ensuite sous l’effet des intempéries automnales, sans préjudice pour l’environnement.

Accepter la transition

La sécheresse et les incendies de cet été ont également montré les carences des modes de gestion actuels de l’eau et des forêts. « Il faut tout repenser. Les arbitrages seront parfois difficiles, mais nous devons accepter que nous sommes dans une période de bouleversements sans précédent. Les petits pas ne suffiront pas. » Depuis son départ à la retraite il y a 12 ans, l’ancien chercheur se consacre à la mobilisation citoyenne. Il tâche de rester optimiste malgré l’inertie politique. « Aucun problème ne doit rester sans solution, nous devons passer à l’action et faire pression sur les élus. C’est la condition nécessaire pour reprendre espoir en l’avenir. »

ALEXANDRA D’IMPERIO

1. Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat.
2. Les émissions résiduelles devront être absorbées par les océans et les forêts.
3. Traité international adopté en 2015.

Laurent Labeyrie,
laurent.labeyrie@univ-ubs.fr

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