Alerte violette pour les œufs de seiche
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Une équipe s’intéresse aux effets des rayons UV sur le développement des embryons de seiche. Des expériences sont menées à la Station biologique de Roscoff.
Coups de soleil, cloques, cancer de la peau… Les effets néfastes des rayons UV de type B sur la santé humaine sont aujourd’hui bien connus. Mais ces irradiations lumineuses, dont la longueur d’onde est comprise entre 315 et 280 nm, ont aussi des effets sur les organismes marins pourtant encore peu étudiés. Les chercheurs du projet Upside1 ont choisi la seiche commune Sepia officinalis pour modèle d’expérience. « Les seiches pondent leurs œufs durant l’été dans la zone intertidale2, très exposée aux irradiations lumineuses à marée basse », explique Laure Bonnaud-Ponticelli, professeure au Muséum national d'Histoire naturelle. Ces œufs de la taille de grains de raisin sont noirs en apparence, car ils sont entourés d’une capsule imprégnée de mélanine. « Nous avons émis l’hypothèse qu’elle les protège des rayons ultraviolets, ce qui aurait favorisé la survie des seiches au cours de l’évolution », avance la biologiste, qui mène le projet depuis deux ans.
Une expérience au laboratoire
Pour étudier les œufs de Sepia officinalis, les chercheurs ont dû s’en procurer. Ils ont collaboré avec des pêcheurs de la Station biologique de Roscoff, mais aussi des pêcheurs locaux. « Nous leur avons demandé de surveiller leurs casiers. Cela nous a permis de récolter des œufs de très bonne qualité et en quantité suffisante. » Les chercheurs ont également effectué des mesures de la quantité de lumière sur le terrain, afin de simuler les conditions réelles au laboratoire. « Les seiches pondent sur le sable, sous une couche de 20 cm d’eau. Cela n’est pas suffisant pour que celle-ci absorbe les rayons du soleil. » Au laboratoire, les scientifiques ont exposé les œufs à de la lumière avec différents pourcentages d’UV-B dans des conditions variées : avec ou sans leur capsule noire. « Cette enveloppe créée par l’animal est molle mais très épaisse. Faite de différentes couches, c’est une sorte de mille-feuilles. Au cours de la croissance, la capsule s’étire comme un ballon que l’on gonfle, et gagne en transparence, ce qui l’expose davantage aux rayons. »
Des dommages irrémédiables
L’équipe a étudié plusieurs paramètres pour mesurer les effets des UV-B sur le développement des embryons : leur taux d’éclosion, les malformations et leur mortalité. Les résultats sont sans appel : à 12 % d’UV-B, l’embryon présente des retards de développement, même avec sa capsule. « Sans sa capsule, c’est catastrophique : à 6 % d’UV-B, les dommages sont déjà irrémédiables », note Laure Bonnaud-Ponticelli. Cela démontre le rôle essentiel que joue la capsule pigmentée des œufs de seiche dans leur développement, ainsi que les dangers d’une surexposition aux rayons UV-B, qui représentent actuellement 5 % des rayons qui atteignent la surface de la Terre. « Le trou de la couche d’ozone affecte aussi les organismes côtiers. Il faut en finir avec le mythe que la mer ne subit pas les conséquences des irradiations », alerte la biologiste.
1. Financé par l’Alliance Sorbonne Université, le Muséum national d’Histoire naturelle en partenariat avec la Station biologique de Roscoff et le Centre de ressources biologiques marines.
2. Zone de balancement des marées sur le littoral.
Laure Bonnaud-Ponticelli
laure.bonnaud@mnhn.fr
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