Coup de chaud pour les araignées

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N° 400 - Publié le 30 mai 2022
SALOMÉ REMAUD

Le changement climatique affecte la biodiversité, y compris en ville. Un doctorant étudie ses conséquences sur les communautés d’araignées à Rennes.

Dissimulé dans l’herbe, le dispositif est presque indétectable. « Plus il est discret mieux c’est, car il faut éviter les dégradations humaines », explique Valentin Cabon, en thèse1 d’écologie urbaine, qui met lui-même quelques instants à le retrouver. Ce petit pot en plastique enterré au niveau du sol est un piège fatal pour les arthropodes2. Il contient un liquide savonneux et très salé permettant leur conservation le temps que le doctorant vienne faire ses relevés, toutes les deux semaines. Au milieu des fourmis et des cloportes prélevés, Valentin Cabon n’a d’yeux que pour les araignées : « On en trouve fréquemment dans les pelouses ! Il en existe un grand nombre d’espèces, très diverses dans leurs formes et leurs modes de vie… Et surtout, elles sont très sensibles aux changements environnementaux. » Ces caractéristiques en font de formidables indicateurs pour mesurer les effets des variations climatiques sur la faune des villes, encore peu étudiés.

Des îlots de chaleur urbains

Parc municipaux, jardins familiaux, écoles… Pour installer ses pièges, le doctorant a choisi avec soin une quarantaine de sites herbacés3 dans la ville de Rennes. « Les zones sont relativement proches géographiquement mais les différentes configurations de l’urbanisme4 engendrent des variations de température », note le doctorant. C’est ce qu’on appelle des “îlots de chaleur urbains”. Ces enveloppes thermiques se caractérisent par une différence marquée des températures entre le centre de la ville, plus chaud, et sa périphérie dont le point le plus froid sert de référence. « Les îlots de chaleur sont notamment dus à la configuration du bâti, à l’imperméabilisation des surfaces et aux activités humaines. On le constate par exemple en été, lorsque les nuits restent plus chaudes en ville qu’à la campagne. » Le schéma de l’urbanisation rennaise, assez classique car presque concentrique, en fait un terrain d’observation idéal.

Travail d’identification

L’idée de Valentin Cabon est de croiser les données thermiques avec celles de composition des différentes communautés d’araignées qu’il observera. Pour cela, il doit d’abord les trier après chaque relevé. Viendra ensuite un long et fastidieux travail d’identification des espèces à la loupe binoculaire, car entre mars et septembre ce sont des milliers d’individus qui vont être récupérés ! « Je n’aurai pas de résultats avant la fin de l’année, mais il est possible qu’on constate des changements au sein des communautés, par exemple dus au déclin de certaines espèces plus sensibles aux épisodes de chaleur. » Pas de quoi inquiéter les arachnophobes… mais un rappel de l’urgence de la lutte contre le changement climatique en cours.

SALOMÉ REMAUD

1. Encadrée par Benjamin Bergerot (Ecobio, Université de Rennes 1) et Hervé Quénol (LETG, Université Rennes 2) depuis octobre 2021.
2. Embranchement du règne animal qui inclut notamment les insectes et les araignées.
3. Prairies ou pelouses.
4. Certains sites sont en périphérie, dans des espaces moins urbanisés comme à Chantepie. D’autres sont en plein cœur de Rennes.

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