Le bocage favorise la survie des insectes

Les insectes en chute libre

N° 398 - Publié le 24 mars 2022
JOHAN PUISAIS / PIXABAY

Magazine

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La préservation de haies reliées entre elles est nécessaire pour permettre le retour des insectes dans les territoires bretons.

Regroupement de parcelles, usage déraisonné de pesticides, monocultures, création de routes... « Tous ces facteurs ont largement contribué depuis les années 1960 à la disparition du bocage1 en Bretagne et au déclin des insectes », déclare Jacques Baudry, écologue rennais. Aujourd’hui, on dénombre environ 114 500 km de haies contre 182 500 en 20082. Depuis 2007, un programme régional de plantation de haies bocagères, Breizh Bocage, tente de compenser cette disparition sans toutefois préserver complètement les écosystèmes. Quatre haies sur cinq sont à ce jour dégradées, ce qui nuit aux insectes dont le rôle écologique est majeur. « Les abeilles sauvages sont essentielles pour la pollinisation de nombreuses plantes, notamment des légumineuses3 utilisées pour l’alimentation animale et humaine. » Certains coléoptères, diptères, névroptères sont aussi d’excellents prédateurs des ravageurs des cultures.

Haies riches en faune et flore

Planter des haies ne suffit pas. « Il faut que l’organisation du réseau bocager soit pensée pour optimiser les services écosystémiques4 : que les nouvelles haies soient riches en faune et flore, reliées entre elles et que les pratiques agricoles ne portent pas atteinte à la biodiversité. » Or, ce savoir scientifique peine à franchir le domaine public. « Seuls 4 % des recherches en biologie de conservation sont accessibles à tout le monde. » Pour remédier au problème, une seule solution : mettre en application les connaissances. « Nous avons créé un nouvel outil, le grain bocager, qui permet d’établir des cartes de répartition de la biodiversité. » En effet, de 2016 à 2019, l’Inrae5 a étudié sur six territoires bretons6 le lien entre la structure de la haie, le réseau bocager et la faune qui s’y réfugie.« Sur chaque zone, nous avons mesuré la densité des haies, leur organisation spatiale et la diversité des insectes présents », explique Jacques Baudry. Il en ressort que plus elles sont stratifiées, larges, continues et connectées entre elles, plus les carabes forestiers sont abondants. Un maillage serré crée des conditions microclimatiques et écologiques favorables à leur colonisation du milieu agricole.

Diagnostic des pratiques agricoles

Ces cartes de biodiversité sont reprises dans le programme régional Bretagne Biodiversité Agriculture7 qui établit un diagnostic des pratiques agricoles et leur incidence sur la sauvegarde des écosystèmes. « Ainsi, nous sommes en mesure de proposer des solutions d’amélioration des pratiques culturales : travail du sol, gestion des prairies, choix des cultures… Mais aussi d’aménagement du paysage par la mise en place de bandes fleuries et de mares, et surtout par la plantation de haies et leur gestion durable », détaille David Rolland, un des responsables du projet. Car finalement, quand le bocage revient, ses habitants font leur retour…

MARIE HILARY

1. Paysage composé d'alignements plus ou moins continus de haies, d'arbres et d'arbustes sauvages.
2. D’après l’Observatoire de l’environnement en Bretagne.
3. Pois, haricots, lentilles, luzerne…
4. Biens et services tirés des écosystèmes pour assurer le bien-être de l’Homme (nourriture, qualité de l’eau, paysages).
5. Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.
6. Lannion-Trégor, Lamballe, Loudéac, bassin versant de l’Elorn, Grand bassin de l’ouest et Zone atelier armorique.
7. Qui mobilise depuis 2020 les fédérations des chasseurs de Bretagne, l’OFB et l’Inrae.

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