Le sentiment d’incarnation, à double tranchant ?
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Des chercheurs rennais visent à améliorer le sentiment d’incarnation dans un avatar de réalité virtuelle. Les effets psychologiques méritent d’être davantage explorés.
Vous enfilez un casque de réalité virtuelle qui affiche votre main… dotée d’un sixième doigt. Si l’on passe un pinceau sur ce doigt virtuel, vous avez l’impression de ressentir ce nouveau membre. Cette expérience spectaculaire a été publiée par Ludovic Hoyet, Ferran Argelaguet et Anatole Lecuyer, chercheurs à l’Inria1 à Rennes. « Le fait de ne pas voir notre propre corps en VR engendre une impression d’incarner notre avatar, plus que si on le voyait par écran classique », explique Ludovic Hoyet. C’est ce qu’on appelle le sentiment d’incarnation.
Degré de réalisme
Pour améliorer l’expérience de l’utilisateur, l’équipe rennaise s’intéresse à de nombreux paramètres : « Nous étudions le degré de réalisme de l’avatar ainsi que la fidélité de retranscription des mouvements du corps et du visage pour identifier les critères les plus influents. » À terme, le sentiment d’incarnation pourra être renforcé par les technologies haptiques comme des gants ou des vestes transmettant des sensations tactiles.
Les implications psychologiques de cette incarnation sont étudiées depuis quelques années, « car les technologies commencent à être suffisamment matures », explique Ludovic Hoyet. Il a déjà été démontré que la VR a des effets positifs pour le traitement de certaines phobies ou de troubles post-traumatiques. Les travaux de Mel Slater à l’Université de Barcelone suggèrent même que l’incarnation dans des corps différents2 conduit à une baisse des préjugés sociaux chez les utilisateurs.
Conséquences à long terme
À l’inverse, peu d’études explorent les effets potentiellement négatifs de la VR. « C’est une question de plus en plus soulevée lors des colloques », concède Ludovic Hoyet. D’autant que les études ne se consacrent pour le moment qu’aux conséquences à court et moyen terme, « les effets psychologiques à long terme étant beaucoup plus difficiles à évaluer ». Un manque d’ailleurs reconnu dans le récent rapport3 de l’Anses4 sur les effets sanitaires de la VR, qui pointe la nécessité d’une surveillance. Jusqu’où sera-t-il acceptable de modifier l’apparence virtuelle d’un individu et quel en sera l’effet sur son comportement ? Des agressions vécues dans le métavers pourraient-elles s’avérer plus traumatisantes que par le biais d’un écran classique ? Autant de questions qui restent ouvertes pour la recherche.
1. Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique.
2. En termes de genre ou de couleur de peau.
3. Expositions aux technologies de réalité virtuelle et/ou augmentée, juin 2021.
4. Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail.
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