Notre horloge biologique est une couche-tard !
Comment bien dormir ?
Le corps humain n’est pas calibré exactement sur une journée de 24 heures. Pour ne pas trop se décaler, notre horloge interne est resynchronisée en permanence grâce à des facteurs extérieurs comme la lumière.
Toutes les 24 heures, une nouvelle journée commence. Pourtant, notre horloge biologique est calibrée en moyenne sur 24 heures... et 12 minutes ! Si nous étions privés d’interactions extérieures, nos journées seraient donc allongées un peu plus à chaque cycle veille-sommeil. Heureusement, notre organisme s’adapte à ce décalage grâce à la lumière : nos yeux possèdent des photorécepteurs1 qui, au lieu d’être reliés à notre système de vision, communiquent avec les noyaux suprachiasmatiques2. « C’est le centre de commande de notre horloge interne », détaille Sophie Lumineau, biologiste à l’Université de Rennes 1. Sans stimulation lumineuse, ces noyaux activent les glandes qui sécrètent la mélatonine, l’hormone régulatrice du sommeil.
Double effet de la lumière
La synchronisation des noyaux peut être perturbée, ce qui provoque un endormissement tardif surtout lorsque nos yeux sont confrontés à la lumière bleue des écrans3. « Celle-ci a plus d’effets sur les cellules photoréceptrices que la lumière naturelle, ce qui empêche d’autant plus le sommeil. » Mais la lumière peut parfois être bénéfique, notamment pour soigner des troubles comme la dépression saisonnière, liée à la diminution des journées. En effet, certaines personnes peinent à se lever en hiver alors qu’il fait encore sombre. Cela altère leur comportement et leur humeur, et engendre parfois des problèmes digestifs. « Les personnes atteintes de dépression saisonnière peuvent être soumises à une luminosité de 2 000 lux4 durant deux heures le matin pour réveiller leur organisme. Au bout d’une quinzaine de jours, les troubles dépressifs disparaissent », explique la chercheuse. La lumière est sans aucun doute le facteur principal pour réguler le passage entre l’éveil et le sommeil, mais d’autres éléments comme les interactions humaines, l’alimentation ou encore l’activité physique jouent aussi un rôle non négligeable.
Les longues journées privilégiées
Le rythme de notre horloge interne permet à la majorité d’entre nous de bien vivre une longue journée, mais difficilement un jour plus court. « Les personnes en 3x85 travaillent d’abord le matin, puis l’après-midi et ensuite la nuit, ce qui allonge leurs journées. Dans le sens inverse, la rotation serait plus difficile. C’est aussi pour cette raison que nous supportons mieux le décalage horaire en allant aux États-Unis6 que lors du retour. » Cette aptitude à supporter des longues journées se ressent aussi chez les adolescents qui ont du mal à s’endormir le soir. « Une lumière intense en classe le matin augmente leur vigilance et leur permet de mieux se synchroniser sur les cycles suivants. » Et les troubles du rythme ne débouchent pas forcément sur un mauvais sommeil... L’essentiel est de passer une nuit qualitative et assez longue !
1. Cellules qui assurent la transformation de la lumière en une information nerveuse.
2. Constitués de plusieurs milliers de neurones, ces noyaux se trouvent au centre du cerveau.
3. Lire p. 20.
4. Unité d'éclairement. Dans un appartement, la lumière ne monte pas au-delà de 500 lux. En plein soleil, elle peut atteindre 100 000 lux.
5. Trois équipes tournent sur un même poste toutes les huit heures pour assurer un fonctionnement continu.
6. New York a six heures de retard sur Paris, ce qui allonge la journée lors de l'aller.
Sophie Lumineau
sophie.lumineau@univ-rennes1.fr
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du magazine Sciences Ouest