Une carte mondiale de la biodiversité

Actualité

N° 395 - Publié le 27 décembre 2021
JEAN-CLAUDE MOSCHETTI / ECOBIO / CNRS PHOTOTHÈQUE
À la station biologique de Paimpont, les scientifiques installent une tente spéciale pour capturer les insectes.

Alors que la biodiversité chute à un rythme alarmant, des chercheurs visent à établir un état des lieux exhaustif du vivant à travers le monde.

Près de 80 % des espèces sur Terre sont encore à découvrir par l’Homme. Le projet Lifeplan1  mobilise des chercheurs du monde entier dans une démarche d’échantillonnage, afin de recenser la biodiversité dans des milieux terrestres très différents. Anne-gret Nicolai et Pascaline Le Gouar, écologues à l’Université de Rennes 1, se sont portées volontaires pour y participer à l’échelle bretonne. « Nous avons choisi de faire des relevés sur deux sites principaux de l'université : la station biologique de Paimpont et le campus de Beaulieu à Rennes, indique Annegret Nicolai. Le climat et les conditions géologiques de ces deux milieux sont assez proches. Ce qui les différencie, c’est que Rennes est urbanisée, tandis que la station biologique est un endroit plus naturel. » Le but ? Comparer les relevés et observer les différences de biodiversité.

Plusieurs dispositifs

« L’intérêt de la Bretagne, c’est son climat influencé par la mer », note Annegret Nicolai. Les prélèvements, qui ont débuté en mars 2021 à Paimpont, vont durer six ans et alterner chaque année entre le site naturel et le site urbanisé. Ils sont effectués sur des surfaces d’un hectare. « Nous utilisons plusieurs dispositifs standardisés et les collectes de données sont plus ou moins automatisées. » Pour capturer les insectes, les chercheuses utilisent une tente Malaise2. « C’est un piège assez ouvert, avec une paroi en toile que les insectes ne peuvent pas traverser. Ils montent au travers d’un trou et sont recueillis dans une bouteille. » Chaque semaine, ces insectes sont envoyés dans une université canadienne3 pour analyse.

Biches, ours et singes

Pour étudier les mammifères, les caméras sont privilégiées : « ici, on observe principalement des lapins, des biches, des oiseaux… Mais dans certaines stations de la planète, ce sont des ours et des singes que l'on voit à
l’écran ! », sourit Annegret Nicolai. Des audio-capteurs permettent d’enregistrer les bruits des oiseaux et des insectes, et même les ultrasons des chauves-souris. « Nous faisons également des prélèvements dans le sol, huit fois par an. Cela nous permet d’échantillonner les bactéries, les champignons, les virus et d’autres micro-organismes comme les tardigrades. » Enfin, dès 2022 l’utilisation d’un cyclone sampler4 permettra de capturer les spores, pollens et autres particules transportées dans l’air. Ces prélèvements sont régulièrement envoyés en Finlande, où les coordonnateurs de Lifeplan collectent et analysent tous les échantillons. « Outre la constitution d'une base de données phénoménale, l’objectif de Lifeplan est de développer des approches bio-informatiques et statistiques. Cela pourrait permettre d’établir des prédictions précises sur l’évolution de la biodiversité. »

SALOMÉ REMAUD

1. Initié par l’Université d’Helsinki en Finlande en 2020.
2. Mise au point par l'entomologiste René Malaise.
3. L’Université de Guelph, spécialisée dans une méthode d’identification génétique appelée “barcoding”.
4. Dispositif qui sépare les particules à l'aide de la force centrifuge.

TOUTES LES ACTUALITÉS

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest