Le poulpe fait son grand retour
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En Bretagne, il n’existait presque plus qu’au travers des mythes, légendes et autres croyances populaires. Aujourd’hui, le poulpe réapparaît avec éclat.
Cette année, un animal aux allures d’extraterrestre est particulièrement abondant dans les eaux bretonnes : le poulpe commun. « C’est un pic quasi historique ! Entre 2014 et 2020, les captures de pieuvres oscillaient entre 84 et 259 tonnes dans la zone qui s’étend de La Rochelle jusqu’à la Pointe de Bretagne. En 2021, elles s’élèvent à environ 1 100 tonnes », constate Lionel Pawlowski, chercheur spécialisé dans les pêches à la station de l’Ifremer1 à Lorient. Ces chiffres corroborent les résultats des projets de sciences participatives et les observations des plongeurs.
Températures plus clémentes
Assurément, le céphalopode à huit bras est de retour en Bretagne. « Lui qui avait presque disparu dans les années 60 à cause d’hivers trop rigoureux semble aujourd’hui profiter des températures plus clémentes », note Dominique Barthélémy, conservateur du milieu vivant à Océanopolis à Brest. En effet, les conditions plus douces s’avèrent favorables pour la survie des juvéniles qui, lorsqu’ils deviennent matures, se reproduisent massivement en moins d’un an.
« Nous parlons d’épisode de très bon recrutement. Celui qu’on observe actuellement est exceptionnel », explique le chercheur lorientais. Puis, chaque femelle poulpe peut pondre entre 100 000 et 500 000 œufs : un réel atout de stratégie démographique. Différentes études scientifiques indiquent que les seiches, pieuvres et calmars seraient favorisés par le réchauffement des eaux à travers le monde. Mais pour Lionel Pawlowski, le pic d’individus observés cette année en Bretagne est trop isolé et soudain pour y voir un lien clair avec le changement climatique. « L’accroissement des populations devrait être plutôt progressif, explique-t-il. J’ai tendance à penser que les occurrences de poulpes augmenteront dans la région, mais il est trop tôt pour tirer des conclusions. »
Diminution des prédateurs
Encore à l’étude, l’autre piste privilégiée pour expliquer la recrudescence des pieuvres est celle de la diminution de leurs prédateurs naturels. D’habitude, les gros poissons carnivores dont des requins ou encore les dauphins et les phoques raffolent des céphalopodes et contrôlent donc leur population. Cependant, l’abondance de ces prédateurs se raréfie en partie à cause de la surpêche. Le poulpe en profiterait alors et s’épanouirait tranquillement dans les eaux bretonnes.
Une chose est sûre : dans sa quête frénétique de nourriture, car il est très vorace, le poulpe s’attaque aux crustacés tels que les crabes, les homards et les langoustes. Il apprécie tout particulièrement les coquilles Saint-Jacques, au grand dam des pêcheurs bretons ! « Cela pose problème à ceux qui récoltent ce coquillage car il se vend très cher et rapporte plus qu’une pieuvre », observe Lionel Pawlowski. Reste qu’Octopus vulgaris n’a pas fini de faire parler de lui. Il n’y a que très peu d’informations sur sa répartition en Bretagne et des études plus poussées devraient bientôt percer ses secrets.
1. Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer.
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