Influent-elles sur les coquilles Saint-Jacques ?

Actualité

N° 394 - Publié le 25 novembre 2021
OLIVIER DUGORNAY / IFREMER
Coquille Saint-Jacques (Pecten maximus) en rade de Brest.

Plusieurs chercheurs étudient les effets des éoliennes sur ces mollusques, qui ne peuvent pas se déplacer pour éviter les désagréments.

Bruit, secousse, forage… Les perturbations sont nombreuses lors de l’implantation des éoliennes. Leurs effets chez les crustacés et certains poissons commencent à être bien connus. Mais les éoliennes influent aussi sur les mollusques comme la coquille Saint-Jacques, jusqu’alors peu étudiés. Biologiste marin à l’Ifremer de Brest, Antoine Carlier y a remédié durant plus de trois ans en étudiant1 l’influence du champ électromagnétique délivré par les câbles des éoliennes sur ces organismes.

Un rythme différent

Les câbles délivrent un champ de 200 µT2 à un mètre de distance. La faune ne peut pas approcher plus près, car ces fils sont protégés par des roches. De plus, cette intensité devient négligeable à plus de 5 m du câble compte tenu du champ magnétique terrestre de 50 µT. « Au laboratoire, nous avons imposé des mesures jusqu’à 600 µT, explique Antoine Carlier. Le rythme d’ouverture et de fermeture des coquilles Saint-Jacques varie légèrement, sans que cela ait une incidence sur leurs fonctions vitales comme l’alimentation, ou sur leur survie. »

Bruit des travaux

Si les mollusques semblent résister au champ électromagnétique , ils doivent faire face à d’autres épreuves comme le bruit des travaux. « C’est la plus grande inconnue liée aux éoliennes, explique Mathilde Gigot, doctorante au Lemar3 à Brest. Nous avons constaté des effets sur le développement4 des coquilles Saint-Jacques, mais il est difficile de prévoir si ces modifications auront un impact positif ou négatif à long terme. Néanmoins, nous pouvons déjà assurer que ces nuisances sonores ne tuent pas les larves. » Pour tester l’influence du son, les essais ont dû être réalisés en bassins. Cela permet d'isoler uniquement le facteur sonore et d’éviter que d’autres paramètres, comme la turbidité de l’eau, ne viennent parasiter l’expérience.

Des questions liées aux éoliennes restent en suspens, notamment avec le développement des modèles flottants. « De nouvelles évaluations seront nécessaires sur les câbles nus qui descendront jusqu’au fond marin, ajoute Antoine Carlier. Des moules pourraient s’y attacher. » En attendant d’en savoir plus sur les conséquences liées aux éoliennes, certains États comme les Pays-Bas ont adopté des mesures de précaution : le battage de pieu est interdit dans les ports de juillet à décembre, pour ne pas déranger certaines espèces durant la période de reproduction. « Les avancées en bioacoustique ouvrent de nouvelles voies. Le trafic maritime s’est multiplié ces dernières décennies et le bruit ainsi généré est aussi scruté de près », ajoute Mathilde Gigot.

BENJAMIN ROBERT

1. Avec TBM-Environnement, au sein du projet collaboratif Species.
2. Micro-Tesla.
3. Laboratoire des sciences de l'environnement marin.
4. Croissance, survie, ou encore capacité de métamorphose en adulte.

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