Une menace pour le sperme

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N° 388 - Publié le 29 avril 2021
SCHVARTZ

Si une femme enceinte est exposée à des perturbateurs endocriniens, son futur fils risque d’avoir un sperme de moindre qualité. C’est le résultat d’une étude rennaise.

Pesticides, métaux, ou encore phtalates... Certains de ces composés sont des perturbateurs endocriniens, qui ont des effets sur le fonctionnement de nos hormones. Plusieurs travaux scientifiques ont déjà suggéré un lien entre ces substances et l’infertilité chez l’adulte. À Rennes, une équipe de l’Irset1 a voulu aller plus loin, en s’intéressant aux effets de ces produits sur le développement prénatal2. « C’est une période de grande vulnérabilité pour le futur bébé », précise Ronan Garlantézec, chercheur en épidémiologie qui a mené l’étude.

Limiter les biais

Les chercheurs rennais ont pu compter sur leurs homologues de l’Université de Genève pour récolter de précieuses données. « Il y a deux ans, une étude a inclus plus de mille jeunes Suisses âgés de 18 à 22 ans », raconte Ronan Garlantézec. Ils ont été recrutés lors du service militaire, obligatoire dans leur pays. « Constituer un tel groupe en France aurait été plus difficile. Pour limiter les biais de sélection, nous aurions dû utiliser différents canaux afin de toucher autant les étudiants que les jeunes travailleurs. » Les recrues ont passé un spermogramme3. 60 % d’entre eux avaient au moins un des trois paramètres (concentration, mobilité et morphologie des spermatozoïdes) en-dessous des références de l’OMS4.

Deux fois plus de risque

Des questionnaires ont été envoyés aux parents des jeunes recrues pour connaître le métier exercé par la mère lorsqu’elle était enceinte. « Nous considérons que le milieu professionnel est la source d’exposition la plus importante, ajoute Ronan Garlantézec. Par exemple, des agricultrices, des esthéticiennes ou des coiffeuses ont pu manipuler certains pesticides et solvants. » Selon le métier, les chercheurs ont estimé l’exposition aux perturbateurs endocriniens chez les recrues, avant leur naissance. Cette estimation a été comparée cette fois-ci à cinq paramètres : le volume de sperme, la quantité, la concentration, la mobilité et la morphologie des spermatozoïdes. Le constat est sans appel. « Un lien existe entre certains perturbateurs endocriniens et une moins bonne qualité du sperme. L’exposition prénatale à ces substances double le risque d’être sous les normes de l’OMS pour le volume séminal et le nombre de
spermatozoïdes », révèle le chercheur.

Conséquences sur la fertilité

Un sperme dégradé ne présage pas forcément une fertilité en berne. « Un suivi sur le long terme est nécessaire. Nos collègues suisses évalueront les conséquences sur la fertilité, en fonction du nombre d’enfants des recrues et du temps mis à les concevoir », précise le chercheur. En attendant, les recherches se poursuivent à Rennes. « Nous allons étudier l’effet des perturbateurs endocriniens sur les hormones reproductives, comme la testostérone. Ces données seront analysées l'année prochaine ».

BENJAMIN ROBERT

1. Institut de recherche en santé, environnement et travail.
2. Ensemble des processus biologiques de la fécondation jusqu'à la naissance.
3. Examen médical où les différentes caractéristiques du sperme sont mesurées.
4. Organisation mondiale de la santé.

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