Il coupe des molécules marines

La mer nous soigne

N° 379 - Publié le 27 février 2020
ALEXIS CHEZIERE
Le chimiste Vincent Ferrières reproduit des molécules découvertes dans des algues.

Magazine

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Sur le long chemin qui conduit à la création d’un médicament, les chimistes rennais transforment des molécules marines au laboratoire.

« Cette molécule est un polysaccharide, capable de stimuler le système immunitaire. » Le schéma que montre le chimiste Vincent Ferrières ressemble à une clef trouvant son chemin dans une serrure. La clef, c’est le polysaccharide. Et la serrure, c’est un récepteur biologique. Lorsque celui-ci est activé, il déclenche une réponse de certains globules blancs capables de détruire les cellules mortes. Le chemin a été long pour arriver à ce résultat ! « Nous avons commencé à travailler sur ce sujet en 1996, se rappelle le chimiste de l’ISCR1. À l’époque, notre objectif était d’extraire les polysaccharides découverts dans une algue marine. » 
Ces molécules qui intéressent les chimistes sont des enchaînements de plusieurs glucides. Ces polysaccharides comportent environ 25 maillons de glucides.

Vérifier les effets

Le questionnement des scientifiques tourne autour de ce “environ 25”. Les polysaccharides provenant des algues contiennent souvent 25 sucres… mais parfois 23 ou 27. Pour les laboratoires pharmaceutiques, c’est un problème : ils ont besoin de molécules toujours identiques, simples à produire, à l’efficacité garantie et aux effets secondaires maîtrisés. Pour qu’une plante devienne un médicament, les biologistes étudient l’efficacité des différentes molécules qui déterminent son action. Ensuite, les chimistes découpent les molécules et vérifient que les effets sont conservés.

Contre les cellules cancéreuses

« Aujourd’hui, nous atteignons une efficacité suffisante avec des polysaccharides contenant seulement trois maillons, explique le chercheur. Cette forme est plus stable dans le temps et nous avons montré que ces molécules aident à lutter contre les cellules cancéreuses. » Ce produit n’est pas encore un médicament. « Il est certes efficace, mais il ne constitue qu'une aide pour l’organisme. Pour qu'il soit développé en  industrie, il faudrait qu’il soit cent à mille fois plus efficace ! Rien n’empêche d’imaginer que ce sera un jour possible. » Ces molécules, qui ont un effet positif, sont déjà présentes dans certains compléments alimentaires. « Mais manger des algues ne va pas empêcher d’avoir un cancer, poursuit le chimiste. Nous cherchons à améliorer nos connaissances. »

Dans le laboratoire d’à côté à l’ENSCR, cette curiosité paye déjà. Une molécule extraite des éponges marines, la leucettine, entrera en phase de test clinique l’an prochain. D’autres chimistes utilisent les polysaccharides pour encapsuler des médicaments. Peut-être une étape intermédiaire, avant de devenir eux-mêmes des médicaments.

BAPTISTE CESSIEUX

1. Institut des sciences chimiques de Rennes. Vincent Ferrières est à l'ENSCR (École nationale supérieure de chimie de Rennes).

Vincent Ferrières
02 23 23 80 58
vincent.ferrieres@ensc-rennes.fr

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