« Ici, un lien de confiance se crée progressivement »

Les drogues : stupéfiantes molécules

N° 433 - Publié le 27 novembre 2025
© VIOLETTE VAULOUP

Magazine

4513 résultat(s) trouvé(s)

À Saint-Brieuc, les usagers de drogues, légales ou non, sont accueillis dans un lieu dédié pour se protéger des risques liés à leur consommation, et créer du lien.

Dans l’entrée, des portraits de chiens et de chats accueillent le visiteur. Ce sont les compagnons des bénéficiaires du Caarud1 de Saint-Brieuc, géré par l’association Addictions France. Ici, les consommateurs de drogues, qu’elles soient légales ou non, sont reçus sans jugement. « Nous accompagnons ceux qui souhaitent réduire les dommages occasionnés par leur consommation », explique Céline Lhuissier, éducatrice spécialisée.

Lutter contre l’isolement


L’usage de psychotropes peut entraîner des risques sanitaires, de l’abcès jusqu’à la surdose, mais aussi un isolement social. Ici, les consommateurs peuvent recevoir des conseils, du matériel adapté et un accompagnement pour faire valoir leurs droits. On trouve aussi une friperie, un point d’accès à Internet et un salon avec des fauteuils et du café. « La consommation de psychotropes ne s’accompagne d’une addiction que chez 20 % des gens. Mais elle est très stigmatisante, reprend Céline Lhuissier. Notre première mission est l’accueil inconditionnel, gratuit et anonyme. » Un accès aux soins est également assuré. « Nos usagers en sont parfois éloignés. Ici, un lien de confiance se crée, confie Stecy Pelage, infirmière. Nous pouvons faire des soins, rappeler des règles d’hygiène ou prendre le temps de réaliser une prise de sang à une personne dont les veines sont abîmées. » L’équipe tient aussi des permanences dans tout le département, se rend au domicile des bénéficiaires qui ne peuvent pas se déplacer et travaille avec 35 pharmacies qui distribuent gratuitement du matériel de réduction des risques.

Des seringues de couleur


Derrière un comptoir blanc, Sterenn Le Du, infirmière, le détaille : « Des seringues de couleur pour éviter les échanges. Des filtres pour retirer les excipients lors de mésusage de médicaments, qui sont injectés au lieu d’être avalés. De la naloxone, un antidote aux overdoses d’opioïdes. Des pipes en verre pour réduire les risques respiratoires liés à l’inhalation de crack. Du bicarbonate pour remplacer l’ammoniaque, nocive, mélangée à la cocaïne... » Le Caarud participe à la veille sur les produits qui circulent2. Une chimiste vient analyser les échantillons apportés par les usagers. « Cela leur permet de mieux connaître leur produit, de savoir s’il est plus concentré que d’habitude ou de mauvaise qualité », précise Céline Lhuissier.

La politique de réduction des risques, au centre de la mission des Caarud, est née dans les années 1980, pendant l’épidémie de sida, au terme de décennies de répression envers les consommateurs. « Ce sont les usagers eux-mêmes qui l’ont mise en place, ce qui a changé un peu le regard porté sur eux, raconte Céline Lhuissier. Mais la France reste l’un des pays d’Europe où la répression est la plus forte. Et elle cible plus certaines populations : on a davantage de risques de se faire arrêter dans les quartiers populaires. Elle rend ces usagers particulièrement vulnérables. »

Élodie Papin

1. Centre d’accueil
et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues.
2. En lien avec l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives.

TOUT LE DOSSIER

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest