Que doit manger la femme enceinte ?

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N° 367 - Publié le 6 décembre 2018
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À Nantes et à Rennes, des chercheurs étudient l'effet de l'alimentation de la future mère sur la santé à long terme de l'enfant.

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La santé de l’enfant à naître dépend de ce que mange sa mère.

« Les enfants et les petits-enfants de mères ayant souffert de famine durant leur grossesse montrent une forte tendance à développer des maladies métaboliques à long terme », explique Michel Neunlist, chercheur à l’Inserm(1), spécialiste en neuro-gastroentérologie à l’Institut des maladies de l’appareil digestif de Nantes. Comment les carences alimentaires d’une mère peuvent-elles ainsi perturber le système digestif de ses descendants ?

Pour le comprendre, l’équipe nantaise a étudié les effets, sur des rats, d’un régime maternel pauvre en protéines. Ces recherches ont été publiées récemment dans une revue scientifique(2). « Pendant leur période de gestation et d’allaitement, la moitié des rats femelles ont suivi un régime normal à 20 % de protéines, les autres un régime carencé à 8 % », explique Hélène Boudin, neurobiologiste à l’Inserm et codirectrice de l’étude. Dès leur naissance, les rats dont les mères sont carencées montrent une fragilité intestinale.

Neurones et digestion

« Nous avons identifié plusieurs anomalies pouvant être liées à ces dysfonctionnements, notamment un taux élevé de corticostérone, qui est l’hormone du stress », décrivent les scientifiques. L’hypothèse est que cette hormone détériore les réseaux de neurones des rats, impliqués dans le contrôle de la digestion. Cela expliquerait les troubles comportementaux, mais aussi digestifs chez les jeunes rats.

Obtenus chez l’animal, ces résultats montrent ce qui peut se passer chez l’Homme. Les régimes trop restrictifs en protéines doivent être évités pendant la grossesse et l’allaitement. En outre, ces troubles digestifs pourraient être impliqués dans d’autres pathologies comme l’autisme, la maladie de Parkinson ou Alzheimer.

À Rennes également, l’alimentation des mères est un sujet de recherches, en lien avec la santé de l’enfant. Une équipe Inra(3) vient de démontrer chez le rat les effets durables des oméga-3 sur la composition de la flore intestinale de la descendance. Pour le confirmer chez l’humain, le CHU de Rennes va lancer en janvier un essai clinique, en partenariat avec l’association Bleu-Blanc-Cœur(4) et des équipes d’Agrocampus Ouest et de l’Inra.

Une étude avec 80 mères

« Quatre-vingts futures mères y participeront, explique Gaëlle Boudry, chercheuse en physiologie digestive et nutrition à l’Inra à Rennes. Elles doivent garder leurs habitudes alimentaires, mais la moitié d’entre elles remplacera la viande, les œufs et le lait habituels par des produits à teneur plus élevée en oméga-3. » En France, nous ne consommons pas assez de cet acide gras, que l’on trouve notamment dans certains poissons, le lin et la noix. Cette carence est néfaste pour notre santé(5). L’idée est de rééquilibrer l’alimentation des femmes enceintes, afin d’étudier l’effet sur la composition du lait maternel et les selles des bébés. Les résultats de cette étude rennaise intéresseront les parents, mais aussi les industriels, pour améliorer encore les formules de lait infantile.

Julie Danet

(1) Institut national de la santé et de la recherche médicale.
(2) The Faseb Journal.
(3) Institut national de la recherche agronomique.
(4) Cette association réunit 7000 acteurs de la chaîne alimentaire (éleveurs, transformateurs, professionnels de santé, consommateurs, scientifiques). Elle vise à améliorer la diversité, l’équilibre de l’alimentation des animaux et l’apport de molécules d’intérêt nutritionnel (oméga-3, antioxydants, oligoéléments) - www.bleu-blanc-coeur.org.
(5) En France, nous consommons plus d’oméga-6 que d’oméga-3. Soit 0,9 g par jour en moyenne, contre 2,2 g recommandés par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

Michel Neunlist
michel.neunlist@inserm.fr

Hélène Boudin
tél. 02 72 64 11 62
helene.boudin@univ-nantes.fr

Gaëlle Boudry
tél. 02 23 48 59 76
gaelle.boudry@inra.fr

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