Un miroir intelligent pour entraîner son cerveau

N° 366 - Publié le 25 octobre 2018
Julie Lallouët-Geffroy
Christian Barillot (à gauche) et Anatole Lécuyer coordonnent le projet Hemisfer, à l’Inria et l’Irisa.

Pour guérir, un cerveau doit se voir dans un miroir. Celui-ci est créé par des psychiatres et des chercheurs en informatique.

Muscler son cerveau, c’est un peu comme muscler son corps. Dans les deux cas, un miroir peut être utile. Cette image nous permet de vérifier que nous sommes bien positionnés, pour rectifier le tir si besoin. Pour des raisons multiples, qui correspondent à des pathologies variées, ce n’est pas toujours simple de se concentrer sur son propre geste. Pour y parvenir, le projet Hemisfer(1) qui réunit les équipes Hybrid et Visages(2), a créé un miroir de notre activité cérébrale. Ce miroir s’appelle le neurofeedback.

Voir son activité cérébrale

Après un AVC(3), le patient souffre parfois d’une paralysie, par exemple du bras. Dans le cadre du projet Hemisfer, le patient est coiffé d’un casque équipé d’électrodes. Elles sont reliées à un ordinateur. Le logiciel est conçu par les chercheurs. « La personne peut alors voir son activité cérébrale et apprendre progressivement à la modifier », explique Anatole Lécuyer, directeur de recherche à l’Inria(4). « Le patient doit imaginer que son bras paralysé bouge. Il voit alors à l’écran s’il est près ou loin de l’objectif à atteindre », complète Christian Barillot, directeur de recherche au CNRS, dans l’équipe Visages. Le but consiste à mobiliser les régions cérébrales endommagées. « C’est comme au flipper. Si vous êtes loin de l’objectif à atteindre, votre score est faible. » Chaque session d’entraînement dure une vingtaine de minutes. Le patient entraîne à nouveau son cerveau, pour augmenter son score. Ce mécanisme est utilisé pour d’autres pathologies comme la dépression. Le patient doit se concentrer sur des émotions positives. L’enfant qui souffre de troubles de l’attention peut, lui aussi, s’exercer sur cet appareil à domicile(5).

Fruit de quatre années de recherche, ce procédé est aujourd’hui en phase de test. Avant que la machine ne fonctionne, plusieurs paramètres sont à prendre en compte. L’IRM(6) est d’abord utilisée, pour savoir quelles parties du cerveau s’activent. Cet outil est précis, mais lent et onéreux. Les ingénieurs et chercheurs ont décidé de coupler cette technique avec l’électro-encéphalographie : des électrodes posées sur le crâne mesurent l’activité cérébrale. La mesure est moins précise, mais rapide et pratique.

Le profil du patient

Une fois les deux techniques couplées, il faut encore personnaliser le dispositif ! Car les zones du cerveau à activer varient selon la pathologie. La machine doit tout prendre en compte. À cela, s’ajoute le profil du patient lui-même. On ne peut pas demander à un sportif aguerri et à une personne qui souffre d’une paralysie d’atteindre les mêmes objectifs. Un programme doit être mise en place, en fonction de chaque patient. C’est tout le défi : la machine doit faire du cas par cas.

Santé : un réseau de 135 innovateurs

Le dispositif informatique est installé au centre hospitalier Guillaume-Régnier, à Rennes. Il permet d’évaluer les actions de son propre cerveau (neurofeedback médical par électro-encéphalographie). Cette méthode innovante est utile pour traiter plusieurs. Alexis Chezière


Ce n’est pas toujours facile d’innover dans la santé. Le secteur est très encadré, tant du côté de la protection des données, que dans la mise en place de principes de précaution, nécessaires quand de nouvelles techniques arrivent. Pour permettre aux laboratoires et aux entreprises bretonnes d’apporter des nouveautés, la filière se réunit autour du pôle de compétence ID2Santé(7). Ce centre d’innovation technologique compte 135 adhérents(8). Il est essentiel, car le monde de la recherche fonctionne de plus en plus par “projets collaboratifs”, réunissant laboratoires, CHU, entreprises et collectivités.

« L’objectif est de répondre aux appels à projets, explique Anne-Claude Lefebvre, la directrice d’ID2Santé. Nous identifions les problématiques et mettons en relation les acteurs de la région. Notre accompagnement porte sur les nombreuses spécificités du domaine médical. »
Plus encore, ID2Santé recense les doléances de la filière, en particulier en matière de formation.

Baptiste Cessieux
Julie Lallouët-Geffroy

(1) Le projet Hemisfer est financé par le Labex Cominlabs, laboratoire d’excellence rennais, et par la fondation pour la recherche médicale jusqu’en 2020.
(2) Dans le cadre du projet Hemisfer, les équipes Hybrid (Inria, Irisa) et Visages (Inria, Irisa, Inserm, CNRS) sont associées, avec des professionnels du CHU et de l’hôpital psychiatrique Guillaume- Régnier à Rennes.
(3) Accident vasculaire cérébral. On parle aussi d’attaque cérébrale.
(4) Institut national de recherche en informatique et en automatique.
(5) L’entreprise Mensia loue depuis quelques mois la machine Koala, pour les enfants souffrant de troubles de l’attention.
(6) Imagerie par résonance magnétique.
(7) Innovation et développement de la santé en Bretagne.
(8) ID2Santé compte 48 représentants de la recherche et du soin, 87 entreprises et structures d’interface.

Anatole Lécuyer
anatole.lecuyer@inria.fr

Christian Barillot
christian.barillot@irisa.fr

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