Cosmétiques : quels effets sur la santé ?
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Des scientifiques rapportent que diminuer la consommation de produits cosmétiques et d’hygiène permet de réduire rapidement l’exposition à des substances potentiellement néfastes pour la santé, notamment pour les enfants exposés in utero.
Déodorant, crème solaire, baume à lèvres… Selon une étude publiée en 2017, les femmes utilisent 16 produits cosmétiques par jour, et 18 quand elles sont enceintes. Les hommes, 8. Or, de nombreuses substances sont notamment soupçonnées d’affecter le délai de conception ainsi que le développement des enfants exposés in utero. C’est ce que révèle une récente publication, pour laquelle les urines de 103 femmes ont été analysées afin de quantifier l’exposition à 25 molécules préoccupantes utilisées comme conservateurs, fixateurs de parfums ou encore agents anti-bactériens.
Résultat surprenant
Pendant cinq jours, les participantes ont réduit le nombre de leurs produits cosmétiques et d’hygiène habituels et ont remplacé les indispensables par des alternatives fournies par les scientifiques. Résultat : une baisse rapide et significative dans les urines des concentrations de certaines molécules. « C’est par exemple le cas de l’acide phénoxyacétique, le métabolite1, de l’un des conservateurs les plus utilisés dans les cosmétiques en Europe, le phénoxyéthanol. Sa présence a diminué de 64 % », note Ronan Garlantézec, enseignant-chercheur en santé publique à l’Institut de recherche en santé, environnement et travail, à Rennes, et coauteur de l’étude. Même chose pour le bisphénol A, perturbateur endocrinien avéré et reprotoxique (qui peut altérer la fertilité ou nuire au développement de l’enfant à naître) présumé par les autorités sanitaires, dont la concentration a baissé de 39 %. Un résultat surprenant puisqu’il est interdit depuis 2005 dans les produits cosmétiques et de soin en France. « Plusieurs hypothèses peuvent expliquer sa présence, elle pourrait notamment être liée à une contamination par les matériaux d’emballage », avance le chercheur.
Asthme, QI et IMC
Si les dosages diminuent, ils ne reviennent pas pour autant à zéro. Les résidus s’expliquent potentiellement par d’autres sources d’expositions. « À travers l’alimentation, l’air ou les vêtements par exemple, nous sommes toutes et tous exposés en permanence à des centaines de substances chimiques plus ou moins préoccupantes, précise Ronan Garlantézec. Ce qui ressort de cette étude, c’est que pour les cosmétiques, réduire sa consommation est un moyen efficace de limiter cette exposition. » Les chercheurs ont quantifié les bénéfices de ces changements pour la santé des enfants s’ils étaient appliqués à une population de femmes enceintes. La diminution de l’exposition au bisphénol A pourrait prévenir, chez les enfants exposés in utero, une perte de 0,44 point de QI, une augmentation de 0,04 point d’IMC et 4 % des cas d’asthme. Les coûts de santé liés s’élèvent à 9,7 millions d’euros par an pour l’asthme, et 7,8 milliards d’euros pour la perte d’un point de QI. Une étude qui pourra alimenter des propositions de réglementations.
1. Dans le corps, des réactions chimiques entraînent la transformation (métabolisation) de certaines matières en une ou plusieurs autres molécules appelées métabolites.
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