Une histoire de contextes

Les drogues : stupéfiantes molécules

N° 433 - Publié le 27 novembre 2025
© COLTON STURGEON / UNSPLASH

Chaque jour, des centaines de milliers de Français font usage de substances psychoactives. Mais qui consomme quoi et pour quelles raisons ?

Quelque 900 000 Français consomment du cannabis quotidiennement et 3,7 millions des 11-75 ans déclarent avoir testé la cocaïne au moins une fois au cours de leur vie. Le nombre monte à 47 millions pour l’alcool. « Si l’on inclut les drogues légales comme l’alcool et le tabac, le taux de personnes n’ayant jamais consommé aucune substance psychoactive est très faible », note Marie Jauffret-Roustide, sociologue à l’Inserm1 et directrice du programme Sciences sociales, drogues et sociétés, à l’EHESS2, à Paris. Impossible, donc, d’établir un profil-type. La consommation de substances concerne quasiment tous les Français. Mais si certains produits, comme le cannabis ou la cocaïne, rassemblent des usagers aux profils très différents, d’autres peuvent être reliés à des contextes précis.

Anticiper des tendances


« L’ecstasy, par exemple, est associée à un cadre festif avec diffusion de musique amplifiée, parce que c’est une drogue entactogène3, donc très adaptée à ce genre de sociabilité. Il n’y a aucun intérêt à en consommer seul chez soi », illustre Guillaume Pavic, coordinateur du dispositif Trend4 en Bretagne chez Liberté Couleurs, pour l’OFDT5.
Depuis 25 ans, ce dispositif épidémiologique permet de repérer et décrire les phénomènes émergents dans le champ des drogues pour suivre leur évolution en se concentrant sur deux espaces — la marginalité urbaine et le monde techno alternatif — et anticiper certaines tendances. « Il y a 20 ans, l’ecstasy était confinée à l’espace festif techno, mais depuis quelques années on la retrouve aussi en discothèque et en festival. On observe aujourd’hui exactement le même processus avec la kétamine », analyse Guillaume Pavic, qui s’appuie sur les remontées de professionnels du soin et de la réduction des risques, de la police, des douanes et de la justice mais aussi d’usagers. « Notre travail est basé sur de l’ethnographie. Je missionne des observateurs ayant une capacité d’immersion, ils réalisent des entretiens et me font des retours sur les profils des consommateurs, les produits ou encore leurs prix. »

Inversion des normes


Et si au fil du temps, les pratiques changent, la consommation de drogues, elle, ne disparaît jamais. Mais pourquoi faire usage de ces produits qui altèrent le fonctionnement de notre cerveau ? « Parce que cela procure du plaisir, tout simplement, répond Marie Jauffret-Roustide. Cela peut aussi donner l’illusion d’aller mieux pendant un temps ou aider à tenir des cadences difficiles. » Et dans certains milieux, en particulier liés à la fête, une sorte d’inversion des normes peut banaliser voire valoriser la consommation de ces substances. La drogue est même devenue un marqueur d’identité pour quelques groupes, comme les mouvements hippie et punk dans les années 1970 et 1980. « Parmi les raisons qui amenaient les individus à consommer, on pouvait alors trouver la volonté de rompre avec des vies conventionnelles, de s’ancrer dans une contre-culture, analyse la sociologue. Mais quand la consommation devient la norme comme c’est le cas aujourd’hui car les produits sont plus accessibles, c’est nettement
moins révolutionnaire. »

Violette Vauloup

1. Institut national de la santé et de la recherche médicale.
2. École des hautes études en sciences sociales.
3. Qui favorise l’envie de se rapprocher des autres.
4. Tendances récentes et nouvelles drogues.
5. Observatoire français des drogues et des tendances addictives.

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