Des recherches sous serres
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Sur le campus de l’Université de Rennes, une serre un peu particulière permet à des scientifiques de travailler sur des végétaux cultivés spécialement pour leurs projets de recherche.
Thierry Fontaine-Breton a l'habitude de répéter qu’il occupe le plus beau bureau de l’université. C’est par un matin pluvieux d’automne qu'il nous y donne rendez-vous. Le bruit des gouttes résonne contre les parois vitrées de cette serre posée en plein campus de Beaulieu, à Rennes. Quelques ordinateurs, deux tables et une étagère remplie de livres de botanique se chargent de l’accueil. Mais le plus intéressant se trouve un peu plus loin. Une jungle sous verre. Des plantes en pot, d’autres en terre, des petites et des grandes, des rares et des communes… 300 espèces emplissent la serre de collection de l’université.
Centre névralgique
«C’est un nouveau tableau tous les jours », s’émerveille Thierry Fontaine-Breton. Le technicien CNRS, rattaché au laboratoire Ecobio1, commence chacune de ses journées par une ronde rigoureuse au milieu de la collection de botanique de l’Université de Rennes. Mais c’est une autre partie de la serre, dédiée à la recherche, qui occupe le plus clair de son temps : quatre cellules vitrées où il fait pousser des végétaux pour diverses études.
Chaque pièce est bardée de capteurs qui permettent de connaître en temps réel luminosité, température et hygrométrie, et d’ajuster les paramètres grâce à des lampes, un système de stores, des brumisateurs ou encore du chauffage. Le tout piloté par une grande armoire électrique installée en 2018, véritable centre névralgique de la serre, qui a révolutionné le travail de Thierry Fontaine-Breton. « Avant, on ne pouvait utiliser les espaces de recherche que de décembre à avril, sinon il y faisait si chaud qu’il était impossible de faire pousser quoi que ce soit», explique le technicien.
De la spartine en pot
Une odeur de terre humide flotte dans l’une des cellules. Des dizaines de plantes a priori identiques y sont sagement alignées. Chaque pot contient en réalité une espèce différente de spartine, une plante invasive du bord de mer dont les propriétés dépolluantes intéressent les scientifiques. «Ils viennent parfois faire des prélèvements pour en étudier l’ADN », explique Thierry Fontaine-Breton, dont la mission consiste à maintenir en vie ces végétaux transplantés hors de leur écosystème. « Ce n’est pas évident, j’ai beaucoup tâtonné avant de trouver le bon mélange terre-sable pour les faire pousser en pot, raconte le spécialiste. Ensuite, il faut reproduire les conditions climatiques qui vont permettre la croissance sous serre de la plante, c’est pour ça que l’air est très humide ici.»
Si la cellule des spartines est presque remplie, les autres pièces dédiées à la recherche sont étrangement vides. Thierry Fontaine-Breton désinfecte méthodiquement chaque espace avant d’installer les prochaines plantations, afin de « remettre à zéro les paramètres d’expérimentation ». C'est ainsi, à l'abri de la serre, que les petites mains vertes de la recherche font germer les découvertes de demain.
1. Écosystèmes, biodiversité, évolution.
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