De la classe à la forêt, immersion sur le terrain

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N° 433 - Publié le 27 novembre 2025
© VIOLETTE VAULOUP
Exercer l'œil à remarquer de si petits animaux demande de la patience.

Dans la forêt de Brocéliande, la Station biologique de Paimpont accueille des étudiants et leurs professeurs le temps de stages de terrain, pour découvrir une autre facette du travail scientifique.

C’est un midi froid d’automne. Une odeur de café flotte encore dans les couloirs de la Station biologique de Paimpont quand arrivent les premiers étudiants, sac de voyage sur l’épaule. Ils s’installent dans les dortoirs avant de faire rouler un ballon sur les feuilles qui recouvrent déjà le sol de la cour. Plusieurs fois par an, le site accueille des promotions de licences ou de masters pour des stages plus ou moins longs, au contact direct du terrain. Les étudiants du master Patrimoine naturel et biodiversité de l’Université de Rennes s’apprêtent à y passer 24 heures, pour s’initier à l’identification d’espèces animales.

Travail d'échantillonnage


Dans la salle de TP de la station, Frédéric Ysnel, coresponsable du master, donne les dernières consignes : « On n’est pas là pour défauner, mais pour inventorier ». Les étudiants devront prélever des carabes, des araignées et des gastéropodes terrestres adultes, qui seront ensuite tués pour être identifiés par de longues observations. Ce travail d’échantillonnage alimente la collection de zoologie de l’université, et les données de distribution et d’abondance incrémentent un site de référence sur la biodiversité régionale des invertébrés.

« Pour identifier une espèce, on a besoin d’observer l’animal sous une loupe binoculaire et parfois de le disséquer. Cela peut sembler paradoxal de sacrifier des animaux pour protéger une espèce, mais c’est le seul moyen d’avoir une information fiable », remarque Armelle Ansart, enseignante-chercheuse à l’Université de Rennes et spécialiste des gastéropodes. « Mais on limite au maximum les prélèvements, ce sont des quantités anecdotiques à l’échelle des populations. »


© APURV JADHAV / ALAMY
Les bulbes copulateurs sur les pattes avant sont un signe distinctif des araignées mâles adultes.
 

Observation à la loupe


Le groupe s’éparpille sagement dans les sous-bois qui entourent la station. Branches, feuilles et cailloux sont retournés dans une odeur d’humus. « C’est un peu comme chasser des Pokémon », sourit Pauline, les mains dans la terre. Quelques mètres plus loin, Frédéric Ysnel observe un tube en plastique dans lequel un étudiant a récolté une araignée. « Comment savoir s’il s’agit d’un individu adulte ? On aperçoit des bulbes copulateurs sur les pattes avant, ces organes sont propres aux mâles adultes, répond le chercheur. Comme ils sont différents chez chaque espèce, une observation à la loupe binoculaire permet l’identification. »

Une autre araignée se laisse observer derrière le plastique d’une petite boîte-loupe. Dysdera erythrina ou Dysdera crocata ? On ne pourra le savoir qu’au laboratoire, en comptant le nombre d’épines sur ses pattes. En attendant, l’animal est conservé dans de l’alcool. Mathéo range le tube avec ceux qui remplissent les poches de son pantalon. « Heureusement qu’il y a un intérêt scientifique, ça me fait toujours un peu de peine », confie le jeune homme, les yeux rivés sur un tapis de mousse. « On peut s’arrêter n’importe où, si l’on regarde bien on est sûr de trouver quelque chose », souffle-t-il. Exercer l’œil à remarquer l’invisible, le tout petit et le camouflé, exige toutefois de la patience. « C’est un exercice qui demande de prendre le temps de s’intéresser à ce qui n’est pas à notre échelle », acquiesce Armelle Ansart.

Dynamique de groupe


De retour à la station, Frédéric Ysnel observe les étudiants déballer leur collecte. « Ces stages créent une dynamique particulière dans les promotions, une forme de cohésion, assure-t-il. C’est très différent des cours en amphi où ils ne font que nous écouter, le terrain peut créer des vocations. » 
La journée s’achève dans une salle aux allures de cantine. De grandes tables se remplissent au milieu d’un joyeux brouhaha. Les assiettes passent de mains en mains, les pichets se vident et les estomacs se remplissent alors que, dehors, la nuit tombe. Loin de signifier la fin de la journée pour ces jeunes naturalistes, qui prévoient de prolonger encore un peu l’immersion sur le terrain, en partant observer les chauves-souris.

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