Construire différemment : moins de béton, plus de bois
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Contraint d’évoluer pour se décarboner, le secteur du bâtiment repense ses méthodes constructives. Entre défis techniques et industriels, une doctorante rennaise a développé une technologie innovante pour faciliter l’utilisation du bois.
Une petite pièce métallique occupe l’esprit d’Alice Le Berder depuis bientôt trois ans. Elle est au centre de la thèse de cette doctorante en génie civil et urbain au LGCGM1 de l’Insa2 de Rennes et au Groupe Legendre3, spécialisé dans l’immobilier et la construction. Depuis mars 2023, la jeune chercheuse développe une technologie qui vise à faciliter l’intégration de façades à ossature bois aux constructions.
Étage par étage
Alors que la France s’est engagée à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 et que les exigences réglementaires augmentent, les méthodes constructives doivent en effet évoluer pour limiter les émissions de gaz à effet de serre. Et le choix des matériaux fait partie des principaux leviers activés pour décarboner la construction et réduire le recours au béton. À l’échelle mondiale, la fabrication de ciment, son liant de base, représente 7 % des émissions de CO2. « Pour les murs extérieurs, on peut remplacer le béton par des façades ossature bois, des quadrillages préfabriqués remplis d’isolant », note la doctorante.
Pour simplifier leur pose et gagner du temps, le Groupe Legendre souhaite l’intégrer au cycle du gros œuvre, c’est-à- dire poser ces façades étage par étage, et non à la toute fin du chantier. Ce qui implique de repenser le mode opératoire. « On pose la façade du premier niveau, puis on coule la dalle béton du niveau supérieur contre la tête de cette façade, et on peut ensuite poser la façade du deuxième niveau », schématise Alice Le Berder.
Comme un puzzle
La chercheuse travaille spécifiquement sur la connexion entre la dalle et les façades qui l’entourent. Ces dernières, non porteuses, doivent être fixées au support béton par un assemblage métallique créé sur mesure. « La géométrie de cette pièce a nécessité une phase de recherche conséquente, il fallait trouver comment maximiser la résistance de son ancrage dans le béton ». Tout en répondant à des contraintes industrielles : élaborer une pièce efficace, ni trop chère, ni trop compliquée à produire et installer. Un compromis trouvé après de multiples essais en laboratoire, où la résistance du système a été testée face à des forces simulant le vent.
« Il y a quatre découpes dans la partie de la pièce noyée dans la dalle. Quand le béton coule dans ces ouvertures, il s’y imbrique comme deux pièces de puzzle », explique Alice Le Berder. Voilà donc le béton et le bois reliés. Le premier chantier utilisant cette technologie a débuté à l’automne, en région parisienne. « Je suis allée sur place pour expliquer comment poser la pièce, c’est tout nouveau pour les équipes, qui sont habituées au coulage de façades classiques en béton. Voir son travail prendre forme sur un chantier, c’est valorisant mais aussi stressant, c’est une grande responsabilité », confie-t-elle. Il semblerait que cette petite pièce en métal n’ait pas fini d’occuper l’esprit d’Alice Le Berder.
1. Laboratoire de génie civil et génie mécanique.
2. Institut national des sciences appliquées.
3. Dans le cadre de la chaire ANR FREEINBTP.
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