Survivre, une question d’odeurs

Les super-pouvoirs de l'odorat

N° 431 - Publié le 12 août 2025
© PHOTOBOYKO / ADOBE STOCK

Reconnaître des congénères, chercher des sources de nourriture, se reproduire ou alerter d’un danger. Les odeurs jouent un rôle essentiel dans les mécanismes de survie des espèces.

Deux chiens s’identifient en se reniflant, des fourmis suivent une piste, un oiseau mâle est attiré par une femelle, des plantes s’alertent d’un danger… Les odeurs sont au cœur des stratégies de communication et de survie des espèces.

Organes et cellules spécialisés


La plupart des animaux possèdent des neurones olfactifs, ces cellules nerveuses de la cavité nasale chargées de réceptionner les molécules odorantes et de les transmettre au cerveau. Le chien en compte jusqu’à 300 millions, lui conférant un très bon odorat. « Les zones ano-génitale et de la tête émettent des signaux chimiques perçus via l’odorat par les congénères du canidé. Ils aident à reconnaître l’identité, le sexe, le statut social1 ou la période de réceptivité sexuelle », précise Marine Grandgeorge, maîtresse de conférences en éthologie au laboratoire Ethos2, à l’Université
de Rennes.

Chez les oiseaux, c’est le groupe des pétrels qui fait figure d’as de l’olfaction. « Grâce à leurs bulbes olfactifs très volumineux, ces espèces nichant sous terre retrouvent leur terrier et sont capables de reconnaître leurs pairs, juste à l’odeur », indique Francesco Bonadonna, directeur de recherche CNRS au Cefe3 à Montpellier.

Faire partie d’une même espèce, c’est avant tout identifier les signaux chimiques de ses congénères. « Chez les papillons, dès que des molécules émises par une femelle touchent l’antenne d’un mâle, récepteur principal de l’olfaction, il peut remonter sa piste, même à plusieurs kilomètres », souligne Maxime Hervé, maître de conférences en biologie animale à l’Université de Rennes et rattaché à l’Igepp4.

Identifier de la nourriture


Et dans le milieu marin ? Des molécules odorantes peuvent aussi être détectées : « Les espèces marines se sont hautement spécialisées à leur environnement. Chez les mammifères comme les cétacés, le nombre de récepteurs olfactifs est fortement réduit, limitant le nombre de molécules détectables. Mais ces animaux semblent capables de les repérer à de très petites concentrations dans l’océan », affirme Sylvia Campagna, chercheuse au Cefe et maître de conférences à l’Université de Nîmes. Ces composés pourraient servir d’indices pour identifier la nourriture. « Les baleines à bosse exposées à de la poudre de krill réagissent différemment selon leur situation géographique, entre leur zone d’alimentation et celle de reproduction, suggérant que leur état physiologique influence la réponse », révèle Aurélie Célérier, également chercheuse au Cefe et maître de conférences à l’Université de Montpellier.

Les facultés olfactives des animaux peuvent aussi rendre service aux humains, en détectant des maladies comme les cancers ou le diabète et en anticipant les crises d’épilepsie. « Les chiens d’assistance présentent un odorat perfectionné, comme le labrador, le berger allemand ou le malinois, ajoute Marine Grandgeorge. Lors d’une crise d’épilepsie, un changement d’odeur corporelle s’opère et le chien peut le repérer. Grâce à l’entraînement, l’animal peut accompagner et rassurer son maître, voire alerter un proche ou même amener une trousse de médicaments. » Reconnaître des odeurs sauve bel et bien des vies !

Fabio Perruchet

1. Par exemple, la hiérarchie de l’animal dans le groupe social.
2. Éthologie animale et humaine.
3. Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive.
4. Institut de génétique, environnement et protection des plantes.

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