L’odeur corporelle, une empreinte olfactive

Les super-pouvoirs de l'odorat

N° 431 - Publié le 12 août 2025
© ADDICTIVE STOCK / ALAMY

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Chaque individu possède sa propre odeur, produit d’un complexe cocktail de molécules et de processus chimiques, au centre desquels les microbiotes jouent un rôle majeur.

Comme l’ADN ou les empreintes digitales, l’odeur fait partie des rares éléments propres à chaque être humain. Nous possédons en effet tous une signature olfactive qui nous distingue. Et si les scientifiques peinent encore à expliquer l’ensemble des mécanismes qui entrent en jeu dans sa formation, il est certain qu’elle constitue une part de notre identité. 

Remise à zéro


Mais qu’est-ce que cette odeur au juste ? Rien de moins qu’un complexe cocktail de plusieurs milliers de molécules que l’on « peut découper en trois parties », indique Vincent Cuzuel, docteur en chimie analytique et responsable de l’unité expertise incendie à l’IRCGN1, à Cergy-Pontoise (Île-de-France), qui a dédié sa thèse au sujet. « Il y a tout d’abord l’odeur primaire, relativement stable et déterminée génétiquement, puis l’odeur secondaire, qui varie selon l’environnement, le régime alimentaire ou l’état émotionnel par exemple. Vient ensuite l’odeur tertiaire, liée à tous les produits exogènes comme les parfums, les lessives ou encore la pollution. »
L’odeur que nous dégageons est donc le fruit d’un savant mélange de molécules et de processus chimiques dont nous ne contrôlons qu’une petite partie. D’ailleurs, il est impossible de sentir complètement notre propre senteur. « Le cerveau opère une sorte de remise à zéro lorsqu’il traite cette information, nous sommes moins sensibles aux odeurs que nous percevons en continu », explique Vincent Cuzuel.

Microbiotes


Une bonne partie de l’empreinte olfactive est liée à l’activité des dizaines de milliers de milliards de bactéries qui s’activent en permanence dans l’organisme. « Chaque humain a sa propre composition microbienne et chaque élément de notre vie, de l’alimentation aux médicaments en passant par les animaux que l’on côtoie, contribue potentiellement à la sélection des micro-organismes qui composent nos microbiotes2 », détaille Geneviève Héry-Arnaud, chercheuse en bactériologie à l’Inserm3 et au CHU de Brest. À la surface de la peau et à l’intérieur du corps, l’activité de ces bactéries, levures ou encore champignons, génère des odeurs qui façonnent, de la sueur à l’haleine, notre signature olfactive. « Et si les parties du corps n’ont pas la même senteur, cela s’explique encore une fois par la composition des différents microbiotes », poursuit la spécialiste.

Ainsi, notre odeur n’est pas fixe, elle évolue selon l’environnement, le mode de vie, la survenue d’une maladie ou tout simplement avec l’âge. « À l’adolescence par exemple, l’apparition de nouvelles glandes entraîne une surproduction de sébum, propice au développement de bactéries qui produisent des odeurs fortes », illustre Geneviève Héry-Arnaud, pour qui ces micro-organismes qui nous accompagnent toute la vie sont « des traceurs de nos comportements », et en disent long sur qui nous sommes.

Violette Vauloup

1. Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale.
2. Ensemble des micro-organismes qui vivent dans un environnement donné. L’organisme contient ainsi plusieurs microbiotes : au niveau de la peau, de la bouche, des intestins ou encore des poumons par exemple.
3. Institut national de la santé et de la recherche médicale.

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