Thomas Ferrand, entre séismes et poésie

Actualité

N° 431 - Publié le 12 août 2025
© DR

Magazine

4513 résultat(s) trouvé(s)

Spécialiste de la physique des séismes, ce chercheur parisien a contribué à l’exposition Troisième Nature aux Champs Libres, à Rennes. Et en parallèle de ses recherches, il écrit de la poésie. Rencontre.

Un cabinet de curiosités rempli de roches et de plantes trône derrière le bureau de Thomas Ferrand. Chemise et veston, colliers, bagues et boucles d’oreilles, le style du chercheur tranche avec le portrait habituel que l’on peut se faire d’un scientifique. Géologue et géophysicien, il étudie les indices fossiles révélant l’origine des tremblements de terre, au laboratoire de géologie de l’École normale supérieure de Paris. « Je me balade de la lithosphère, épaisse d’une centaine de kilomètres, aux cristaux de quelques micromètres », indique-t-il.

Une faille à Balmuccia 


Tout a commencé en 2015. Lors de son doctorat, Thomas Ferrand et son directeur de thèse partent en direction des Alpes italiennes dans la commune de Balmuccia. Ils y cherchent une faille dans le manteau terrestre, formée à plusieurs dizaines de kilomètres de profondeur et remontée à la surface lors de la formation de la chaîne de montagnes. Cette faille, produite par un séisme de magnitude 6, il y a des millions d’années, n’est large que de cinq millimètres. « Comment la matière se comporte-t-elle pendant son déchirement sur des kilomètres ? C’est la question qui m’empêche de dormir », confie le chercheur.
L’expédition avait une seconde visée : raconter au grand public la trace du tremblement de terre laissée dans le paysage. « Le photographe Grégoire Eloy nous a accompagnés sur le terrain, photographiant l’invisible pour le rendre visible. En multipliant les regards, son art nous a permis d’aller plus loin dans la compréhension du phénomène », révèle Thomas Ferrand. Un travail présenté dans le cadre de l’exposition Troisième Nature aux Champs Libres, à Rennes, jusqu’au 21 septembre.

Plusieurs milliers de poèmes


Cette visée artistique résonne en Thomas Ferrand, poète depuis le lycée. « Comment un petit gars de la campagne normande a-t-il pu en arriver à écrire de la poésie classique ? J’ai eu des professeurs de français qui aimaient la poésie et qui m’ont transmis cette passion, en affirmant qu’on avait le droit d’en écrire », sourit-il. Le scientifique a rédigé plusieurs milliers de poèmes et en a compilés une centaine au sein d’un ouvrage, Encore et jusqu’à l’Aube1. D’autres sont à venir.
Entre la physique et la poésie, Thomas Ferrand ne choisit pas. « J’écris mes poèmes sur papier, tous les jours. Quand je travaille, j’ai toujours à côté des feuilles et un crayon au cas où, précise-t-il. Le monde nous presse en permanence de choisir, je lutte contre cette idée. Sans l’écriture, je n’aurais probablement pas aujourd’hui deux diplômes d’ingénieur et un doctorat. »
Passé par Tokyo, San Diego et Berlin, le globe-trotteur s’est confronté à plusieurs cultures et visions de la science. Mais partout, la poésie l’a suivi. « Elle est pour moi une forme d’autothérapie », conclut le chercheur-poète.

Fabio Perruchet

1. Aux éditions Librairie-Galerie Racine (2015).

TOUTES LES ACTUALITÉS

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest