Ce que révèlent les bijoux du passé

Les bijoux, d'hier à nos jours

N° 429 - Publié le 28 avril 2025
Françoise Labaune-Jean / Inrap
Fibule en argent de type Quoit brooch style retrouvée sur le site de l’Hôtel-Dieu, à Rennes.

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Loin d’être de simples colifichets, les bijoux sont des mines d’informations sur les sociétés passées, leur diversité culturelle ou encore les réseaux d’échanges.

Des pendentifs aux anneaux en passant par les perles brodées sur les vêtements, les humains conçoivent et portent des bijoux depuis la Préhistoire. Comme les peintures corporelles ou les tatouages, ces objets de parure servent à modifier l’apparence. Mais contrairement à des modifications qui périssent avec le corps, les objets peuvent survivre au temps. Pourtant, il n’est pas toujours évident de retrouver leurs traces. 

Altérations naturelles


Les archéologues les identifient lors de fouilles, parfois au sein de sépultures où ils ont été déposés volontairement. Mais le plus souvent, ce sont des objets perdus aléatoirement qui sont découverts sur des sites d’habitat. « Si un os ou un coquillage est perforé, il y a des chances que ce soit un bijou, interprète Solange Rigaud, archéologue au CNRS et spécialiste de la Préhistoire à l’Université de Bordeaux. Mais après avoir passé 30 ou 40 000 ans dans le sol, cela peut être dû à des altérations naturelles liées à l’érosion, le passage de l’eau et même des crocs de hyène par exemple, il faut être très vigilant. Et rares sont les contextes de découverte qui nous permettent de savoir exactement comment ils étaient portés. » Une analyse au microscope des traces d’usure peut toutefois indiquer comment les bijoux étaient attachés, suspendus, cousus, s’ils s’entrechoquaient ou encore s’ils étaient en contact avec la peau ou des vêtements.

Diversité culturelle


Ces objets révèlent de précieuses sources d’informations sur ceux qui les ont portés. « On perçoit des effets de mode, le Quoit brooch style1 par exemple est un décor typique du 5e siècle en Bretagne et au sud de l’Angleterre : retrouver un tel objet permet de dater la couche de sol où il a été découvert », illustre Françoise Labaune-Jean, chargée d’études à l’Inrap2 à Rennes et spécialiste du petit mobilier. Des styles, modes et matériaux qui peuvent aider à retracer les échanges entre peuples. « L’analyse chimique de la composition de perles retrouvées dans une nécropole du haut Moyen Âge à La Mézière, près de Rennes, a prouvé que certaines venaient du Sud de l’Inde, elles ont probablement voyagé par la Route de la soie », note la spécialiste.

Si les bijoux intéressent les scientifiques, c’est aussi parce qu’ils sont des indicateurs du statut de ceux qui les portaient et de l’organisation sociale d’une communauté. Ils reflètent également la diversité culturelle des territoires. En analysant les ornements portés en Europe il y a 34 000 à 24 000 ans, Solange Rigaud et son équipe ont identifié neuf entités culturelles géographiquement distinctes. « Les objets de parure codent des messages symboliques, compréhensibles par tous ceux qui partagent les mêmes affinités culturelles3 », résume la chercheuse, selon qui les objets symboliques font partie des plus instructifs pour comprendre les systèmes culturels et sociaux de nos ancêtres.

Violette Vauloup

1. Principalement sur des broches, décorées d’éléments géométriques et faisant référence à des animaux.
2. Institut national de recherches archéologiques préventives.
3. Ce qui est toujours valable aujourd’hui :
par exemple, porter une alliance indique le statut marital pour ceux qui partagent cette même référence culturelle.

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