Processions animales à risques

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N° 429 - Publié le 25 avril 2025
Christelle Robinet / INRAE Val de Loire

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À cause du réchauffement climatique, l'aire de répartition de la chenille processionnaire s’étend en Bretagne, tout comme la période durant laquelle l’espèce présente un risque.

Avec l’arrivée du printemps, les arbres bourgeonnent et les sentiers invitent à la promenade. C’est au détour de ces derniers que certains promeneurs croisent la route des chenilles processionnaires, de petites créatures orangées et couvertes de poils, organisées en file indienne de plusieurs mètres. 

Le long des troncs


En France, trois espèces sont présentes. L’une d’elles est abondante en Bretagne : Thaumetopoea pityocampa, la chenille processionnaire du pin. Durant l’automne et l’hiver, « cet insecte vit au sein de nids perchés dans les branches et se développe par mues successives en se nourrissant des aiguilles des pins », explique Olivier Audras, chargé de mission environnement chez Fredon1. Puis, entre février et avril, les chenilles adultes descendent le long des troncs jusqu’au sol, où elles forment de longues et lentes colonnes. Les processionnaires du pin sont alors en chemin pour aller s’enterrer en groupe avant d’émerger sous la forme d’un papillon au début de l’été.

Un problème de santé publique


Lors de ce déplacement, si elle se sent menacée, la chenille processionnaire du pin peut libérer des poils urticants volatils, appelés des soies. Ces dernières peuvent également provenir des nids en hauteur, où des centaines de mues sont abandonnées tout au long de l’hiver. Une fois en contact avec la peau, les yeux ou les voies respiratoires, les soies libèrent une toxine pouvant entraîner une réaction allergique. « Le plus souvent les réactions sont bénignes et se manifestent par un urticaire durant deux à quatre jours, relate Jérôme Rousselet, chercheur en entomologie forestière à l’Inrae2, à Orléans. Mais dans deux cas pour mille, la réaction est grave et peut aller jusqu’au choc anaphylactique3. » Si aucun décès humain n’est à ce jour recensé en France, les morts d’animaux de compagnie et d’élevage sont quant à elles fréquentes.

Des risques en hausse


Présente depuis les années 1960 sur le littoral morbihannais, « la chenille processionnaire du pin est désormais installée jusque dans les Côtes-d’Armor, le Finistère et le Nord de l’Ille-et-Vilaine depuis le début des années 2000 », déplore Olivier Audras. Sous l’effet du réchauffement climatique, le climat breton devient en effet de plus en plus favorable à la présence de l’espèce. En plus de permettre une expansion de son aire de répartition, l’élévation des températures perturbe le cycle biologique de la chenille. « Depuis 2010, la période de procession débute de plus en plus tôt dans l’année, explique Jérôme Rousselet. In fine, ces modifications spatio-temporelles de la biologie de l’espèce aboutissent à une augmentation des risques de contact avec l’être humain, et majorent donc les dangers pour la santé publique. »

Charles Paillet

1. Association chargée par l’Agence régionale de santé de la surveillance de l’espèce et de l’accompagnement des collectivités en Bretagne.
2. Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement.
3. Réaction allergique généralisée et brutale, potentiellement mortelle.

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