Marion Olharan Lagan, d’Amazon à l’Université

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N° 429 - Publié le 25 avril 2025
Pauline Darley

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Des grandes entreprises au monde de la recherche, n’y a-t-il qu’un pas ? Cette chercheuse semble en tout cas l’avoir franchi. En Bretagne, elle a trouvé un port d’attache pour observer les mécanismes de domination qui façonnent le monde.

Marion Olharan Lagan marche vite. Elle slalome entre les barrières de chantier, expédie un coup de fil et renseigne à la hâte un passant égaré dans le centre-ville de Lorient. Mais une fois installée à la table du café où elle nous a donné rendez-vous, l’empressement s’efface. La chercheuse, doctorante en civilisation américaine et professeure agrégée d’anglais à l’UBS1, pose son sac et laisse son chaï refroidir.

Aux manettes


« Je mentirais si je disais que je n’appréciais pas le calme de la ville et la proximité de la mer », confie celle qui, originaire du Pays basque, a arpenté le monde pour son travail. Il faut dire que Marion Olharan Lagan n’a pas vraiment suivi le parcours classique d’universitaire. « J’ai eu une carrière dans le privé, notamment chez Amazon à la supervision des équipes qui ont conçu les personnalités française, italienne et espagnole de l’assistant vocal Alexa. Mon travail était intéressant mais ma contribution à la société n’était pas très alignée avec mes valeurs », reconnaît-t-elle.

Fin 2019, elle quitte l’entreprise pour passer l’agrégation d’anglais et se lance dans la rédaction de Patriartech2. L’essai met en lumière les mécanismes d’invisibilisation de celles et ceux qui ont contribué à des inventions majeures mais ne correspondaient pas au modèle dominant. « La tech ça ne veut rien dire, ce qui compte c’est qui y détient le pouvoir : dans l’immense majorité ce sont des hommes, blancs, qui ont toujours été dans des positions de dominants. Ça va contre le progrès social de n’avoir que des personnes qui se ressemblent à prendre des décisions pour tout le monde », soulève la chercheuse.

Archive personnelle


La terrasse se remplit et Marion Olharan Lagan nous raconte sa thèse, débutée il y a deux ans à l’Université de Montpellier Paul-Valéry, sur les représentations d’arnaqueuses américaines de haut niveau dans des séries TV. « Faire de la recherche m’est toujours resté dans un coin de la tête, j’aime bien tout ce qui relève de l’enquête », sourit-elle. Entre les cours et la thèse, le travail se glisse un peu partout, jusque dans ses rêves. Pour s’en extraire, la doctorante s’est lancée dans l’écriture d’une newsletter hebdomadaire3 dans laquelle elle partage notamment ses lectures. « Je lis plus que je n’ai d’espace », s’amuse-t-elle en vantant les mérites de la liseuse. Chaque livre est ensuite comptabilisé dans un tableau Excel : « C’est une sorte d’archive personnelle, pour certains ce sont les photos de famille, moi c’est un tableur ». 

Son « obsession du moment » ? L’écrivaine américaine Sigrid Nunez, dont elle vient de terminer Mitz, sur le oustiti de Virginia et Leonard Woolf. « En creux, ça parle de la place des plus vulnérables », lance-t-elle. Logique, pour celle qui, du monde des oustitis à celui de la tech, s’efforce de comprendre comment les dominants tentent de façonner le monde. 

Violette Vauloup

1. Université Bretagne Sud. 
2. Éditions Hors d’atteinte (2024). 
3. Word Economy, accessible sur la plateforme Substack.

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