Un protocole pour identifier les loups

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N° 428 - Publié le 28 mars 2025
© PHILIPPE GAZEAU
Loargann, le loup aperçu par Philippe Gazeau en janvier dernier, après sa traversée de la Laïta.

Depuis 2022, les signalements de loups se multiplient en Bretagne. L’analyse de photos et de vidéos a permis de distinguer sept individus et de mieux comprendre leurs déplacements.

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En janvier dernier, au détour d’une balade au bord de la Laïta, près de Guidel (Morbihan), l’œil de Philippe Gazeau s’est trouvé attiré par un étrange morceau de bois flottant sur la rivière. « Ça m’intriguait, j’ai pris les jumelles et là j’ai vu un loup en train de traverser la Laïta à la nage », raconte ce passionné de photographie, qui fait partie des très rares chanceux à avoir observé un loup plus de quelques secondes.

Variations dans leurs apparences


Depuis mai 2022, 116 ans après leur disparition dans la région, des loups ont été repérés dans tous les départements, filmés et photographiés par des promeneurs ou des pièges photographiques. Il y a deux ans, alors que ces images s’accumulaient, pour Alain Jean, vétérinaire lorientais fraîchement retraité et membre du Groupe Loup Bretagne1, « il était évident qu’il s’agissait de plusieurs animaux ». Féru de dessin, il commence à les croquer et remarque alors des variations dans leurs apparences. En 2024, lui vient l’idée d’établir un protocole scientifique de reconnaissance individuelle basé sur dix critères phénotypiques2. « C’est un peu comme le jeu des sept erreurs : on observe et on compare », illustre le naturaliste.

Ainsi, Loargann, le loup aperçu par Philippe Gazeau, se distingue entre autres par un masque facial qui descend assez bas sous la gorge, une écharpe scapulaire très claire et une tache blanchâtre à la naissance de la queue. Au total, sept loups ont été identifiés grâce à cet outil depuis mai 2022. La méthode permet de suivre les populations et complète les coûteuses analyses génétiques de fèces ou de poils, par ailleurs plutôt rares3. La reconnaissance par photo-observation
permet également d’analyser la répartition des individus dans l’espace et le temps et de mieux comprendre leurs déplacements. « On peut affirmer que ce ne sont que des loups isolés et pas une meute », observe Alain Jean, selon qui les monts d’Arrée constituent un foyer duquel les loups partent parfois pour des raids exploratoires. « Ils sont ce qu’on appelle des dispersants et ont vocation à rechercher un partenaire pour former le couple reproducteur à l’origine d’une meute », poursuit l’ancien vétérinaire, selon qui il ne s’agit que d’une question de temps avant qu’une louve n’atteigne la région.

Comprendre et anticiper


Ce retour spontané des loups, favorisé par la déprise agricole au profit des couverts forestiers (qui augmente le nombre de grands gibiers, leurs proies de prédilection), inquiète les éleveurs. « Il existe des manières de protéger les troupeaux, rassure Alain Jean, mais cela nécessite de changer les pratiques. La phase des dispersants est celle où l’on doit apprendre à s’adapter plutôt que de vouloir empêcher les loups de revenir ou les chasser. Avec mon outil, je cherche à mieux comprendre la population à laquelle on est confronté. Il faut comprendre pour anticiper, et anticiper pour protéger. »

Violette Vauloup

En savoir plus
Vous pensez avoir vu un loup ?
La marche à suivre est à retrouver sur www.loup.bzh

1. Porté par le Groupe mammalogique breton et Bretagne Vivante.
2. Particularités de l’apparence corporelle d’un animal partagées par tous les membres de son espèce avec une variation individuelle.
3. Un seul loup a fait l’objet d’une analyse génétique en Bretagne, en 2023, ce qui a permis de retracer son parcours : il avait déjà été identifié près d’Hambourg (Allemagne) et d’Anvers (Belgique) en 2021.

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