« Pour savoir qui est un historien, regardez ce qu’il étudie »

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N° 426 - Publié le 31 janvier 2025
© ASTRID DI CROLLALANZA / FLAMMARION

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Guillaume Blanc est enseignant-chercheur en histoire contemporaine à l’Université Rennes 2 et spécialiste de l’histoire de l’environnement et de l’Afrique.

À loccasion de la sortie de La nature de lhistorien1  le 13 février, il revient sur la manière dont notre parcours influence notre travail et sur lexercice un peu particulier auquel il sest pliélégo-histoire.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?


D’abord, c’est un exercice imposé. En France pour devenir professeur et diriger des thèses il faut rendre trois manuscrits, dont l’un, l’égo-histoire, raconte de manière réfléchie le parcours personnel, c’est une sorte d’auto-analyse. Si j’ai voulu publier la mienne, ce n’est pas tant pour parler de moi que pour fournir une biographie collective du monde de la recherche. L’Université française coule mais peu de gens y accordent de l’importance car au fond personne ne sait vraiment ce que l’on y fait, notamment au département d’histoire. Je voulais rendre l’exercice utile en montrant qui produit le savoir et dans quelles conditions.

Vous écrivez que « l’historien ne fait rarement qu’étudier le passé : il passe aussi son temps à dénouer les liens entre ses passés et ses présents ». Que voulez-vous dire ?


Pour savoir qui est un historien, regardez ce qu’il étudie. Il y a toujours un lien entre le chercheur et son objet. Je me suis mis à étudier la nature car j’ai perdu mon père tôt et qu’elle représentait une forme de stabilité. J'ai grandi dans des HLM porte de Vanves, à Paris, la nature était aussi l’image de la liberté. Ce qui nous construit se répercute forcément dans nos choix professionnels et la manière dont on travaille. L’égo-histoire demande un effort d’objectivation des liens qui nous unissent à notre métier et c’est assez sain, je trouve.

Dans quelle mesure être historien vous a aidé à faire votre propre histoire ?


Avec mon métier, j’essaie d’analyser comment le passé pèse sur le présent. Par exemple, l’expulsion de paysans des parcs naturels kenyans ou tanzaniens est le résultat de différentes couches d’histoire ; le colonialisme, le post-colonialisme et le néolibéralisme se superposent dans la lecture du présent. De même, je suis le produit de la mort de mon père, d’une enfance en ZEP, d’une scolarité dans un collège à 30 % de réussite au brevet, de mes études à la Sorbonne ou encore des petits jobs que j’ai faits. Plus je me demande comment je fonctionne, mieux je comprends comment marche l’histoire.

Justement, comment cet exercice permet-il d’éclairer la figure de l’historien ?


Tout le monde pourrait faire son égo-histoire. Peu importe le métier, on y amène forcément un peu de nous, même quand notre travail consiste à produire de la connaissance. Alors dire qu’un récit historique est neutre est entièrement faux, mais on peut tendre à l’objectivité en prenant conscience de la manière dont notre parcours influe sur la production du savoir.

Violette Vauloup

1. CNRS Éditions (2025).

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