Comment prendre en charge les sexualités hors normes ?
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Qu’elles soient simplement hors normes ou répréhensibles par la loi, certaines formes de sexualité restent mal connues du monde médical et complexes à prendre en charge, en raison du tabou dont elles font l’objet.
Le terme paraphilies ne vous dit sûrement rien ; elles sont pourtant connues de tous. Classées dans la catégorie des « troubles de la personnalité et du comportement chez l’adulte » par la psychiatrie, elles désignent l’ensemble des troubles de la préférence sexuelle. Et la liste est presque infinie : excitation provoquée par un objet ou une machine, une partie du corps, un comportement… « Si certaines ne dépassent pas la bizarrerie, comme le fait d’être attiré sexuellement par l’urine ou une paire de chaussures, d’autres sont interdites par la loi en cas de passage à l’acte, comme la pédophilie, l’exhibitionnisme, le frotteurisme, la zoophilie ou la nécrophilie », explique Amélie Agaësse, psychologue clinicienne et sexologue au sein du service de médecine légale du CHU de Rennes.
Malgré la stigmatisation et les craintes qui y sont associées, « ces attirances sexuelles ne sont pas des choix personnels », tient à préciser la scientifique. L’attirance sexuelle se construit en principe au cours de l’enfance et de l’adolescence, grâce au vécu et aux expériences autour de la sexualité. Elle peut donc se développer hors de la norme, définie comme « une attirance sexuelle envers un être humain phénotypiquement normal » par la médecine.
Éviter les passages à l’acte
Dans certains cas, il peut être nécessaire de consulter le corps médical pour « mettre en place un protocole adapté » en fonction de l’ampleur de la paraphilie, de son degré de dangerosité, des ressources et des facteurs de risque de la personne (psychothérapie, sexothérapie, etc.). Alors que ces pathologies sont identifiées depuis que l’on a commencé à décrire médicalement le comportement sexuel des êtres humains1, elles ne font l’objet que de très peu de recherches. « Ce sont des sujets qui dérangent et les financements sont compliqués à obtenir », déplore Amélie Agaësse. Il en résulte une prise en charge thérapeutique compliquée, dans laquelle les professionnels de santé sont souvent démunis. « Très peu sont formés sur le sujet, ce qui rend la prise en charge médicale très complexe, alors qu’elle est nécessaire afin d’éviter les passages à l’acte pour les paraphilies pénalement répréhensibles. »
Encore un tabou
Ces troubles sont difficiles à aborder dans des lieux de soin ou chez le médecin, où « l’on parle peu de sa sexualité, encore moins de ses bizarreries sexuelles, même lorsqu’elles ont une influence sur nos relations aux autres et qu’elles peuvent nous faire souffrir », souligne la chercheuse. Pas facile, donc, d’identifier la prévalence des paraphilies, sauf celles dites offensives, c’est-à-dire qui peuvent impliquer une infraction pénale. « En se basant sur les chiffres de la pédocriminalité, on estime qu’entre 3 et 10 % de la population serait pédophile. On sait que beaucoup de personnes ne passent jamais à l’acte mais il est nécessaire de lever le tabou. » Ce que tentera de faire un colloque autour des paraphilies, organisé par le CRAVS Bretagne2 le 7 février, à Rennes.
1. Vers la fin du 19e siècle, notamment dans l’ouvrage Psychopathia sexualis du psychiatre germano-autrichien Richard Von Krafft-Ebing.
2. Centre de ressources régional sur les auteurs de violences sexuelles.
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